Sourire, « le plus beau cadeau du monde ».

À la fraternité de Séoul, en Corée, vivent trois frères coréens. Avec beaucoup de sincérité, Pyeong Ch’eol nous livre quelque chose du regard qu’il porte sur sa vie : démonstration qu’avec beaucoup d’humour, on peut exprimer des choses très profondes…

Bonjour à tous,

Ludo, qui vit au Japon, est venu nous visiter en Corée. Il a passé deux jours à notre fraternité de Séoul. Comme mon anglais est un peu court, je ne me souviens plus très bien de ce que je lui ai raconté, mais j’avais l’impression qu’il me comprenait. Peut-être que je me fais des illusions et que si je lui avais parlé en coréen, le résultat aurait été le même ! la prochaine fois je ferai un essai ! Mais les oreilles de Ludo, on dirait celles de Bouddha…

Shin-Kwan, Hi-Su et Pyeong-Ch’eol

Après avoir passé du temps ensemble, mangé et bu, causé, marché et prié ensemble, vient le temps de se séparer, de se dire « Au revoir » et « À la prochaine ! » Les frères étrangers viennent et s’en vont et quand ils reviennent, on est très content de les revoir : la vie scintille et les choses changent de couleur, c’est un peu comme quand on écoute de nouveau une musique qu’on aime. Comme les gens de cette tribu qui pensaient qu’on leur volait leur âme quand on voulait les prendre en photo, le temps passé avec quelqu’un en se regardant dans les yeux nous « vole » quelque chose qui nous échappe. Et ce qui reste, ce sont les désirs de nous revoir.

Une fois, Vincent, notre “ancien”, m’avait demandé pourquoi Jésus avait appelé ses disciples : pour les enseigner ou pour les faire pêcheurs d’hommes ? Vincent répondait tout simplement : « Pour être avec lui ». Être avec, vivre ensemble avec quelqu’un, c’est vraiment une très belle chose même si ce n’est pas toujours sans tensions… Notre musique, écoutons-la ensemble et même composons-la ensemble.

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L’an dernier, j’ai dû arrêter mon travail dans le service du nettoyage à la poste à cause de douleurs dans le dos. Quand je pensais à mes reins, ça ne me donnait que des soucis. Mais quand j’étais en forme, je ne voyais que mes mains actives. À cause du travail, je devais marcher au jour le jour. En marchant 30 minutes, j’avais l’impression d’arriver au bout du monde, épuisé. C’est pour cela que j’avais l’intention de me faire opérer. J’ai passé une IRM qui coûtait cher. Le résultat m’a laissé le choix. Selon le conseil du médecin, je me suis mis à des exercices d’intensification des muscles tout en prenant des médicaments. Chaque jour, je marchais une demi-heure le long de la rivière et petit à petit j’ai prolongé jusqu’à une heure et même jusqu’à deux heures. Juste à ce moment-là, une ancienne collègue m’a téléphoné pour me dire qu’il y avait une place libre. J’avais travaillé 5 ans avec elle sur le même lieu de travail, mais j’avais dû arrêter pour aller à l’année commune en 2014. Après avoir hésité en me demandant si c’était possible, j’ai finalement déposé ma demande et après avoir reçu une première acceptation, j’ai été obligé de passer un examen médical et je m’inquiétais à cause de mon poids très faible. Heureusement mon habit d’hiver est ample et je pouvais mettre dans mes poches une bouteille d’eau et d’autres choses : je pesais ainsi jusqu’à 5 kilos de plus et j’ai été reçu !

Parfois le travail est dur, mais ce qui m’est plus difficile, c’est mon cœur. Ce qui se passe en moi, c’est que je ne vois pas où je vais : il me semble que je répète, je répète toujours les mêmes choses, sans bien voir clair et que je tourne en rond. Je m’étais habitué aux complexes qui m’assaillaient : je m’en voulais à moi-même et je me plaignais. Je passais du temps à murmurer ce soupir de Job : « J’aurais mieux fait de ne pas naître », comme une prière. Mais j’ai décidé de ne plus me laisser aller comme cela. Partons ! J’en avais marre de ce genre de conflits intérieurs. Le Seigneur a dit à Pierre qu’il le renierait trois fois avant les chants du coq. Oui, je le sais, mais il n’y a pas que trois fois : il y a d’autres conflits et d’autres reniements… Si je partais d’ici, je ne serais plus obligé de Te renier. Cela me suffirait et serait plus supportable. J’en ai vraiment marre maintenant ! J’ai alors pris la résolution de me dire : « Pyeong Ch’eol, je te connais ! » J’ai fait des rêves ou plutôt des souvenirs sont revenus… « Rendez grâces à tout moment. Soyez toujours joyeux. Priez sans vous arrêter. »

Un des disciples de Bouddha est venu le trouver un jour pour se plaindre qu’il n’avait aucun talent et qu’il était inutile pour les autres. Alors Bouddha lui a demandé s’il pouvait rire et il a répondu : « Oui ! ». Et Bouddha lui a dit : « Ris. Le sourire est le plus beau cadeau du monde. »

Béni soit Dieu !

Pyeong Ch’eol

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