Lettre de Noël d’Hervé (le prieur des Petits frères de Jésus)

Hervé 1

Lorsque vous recevrez cette lettre de fin d’année, nous serons déjà en train d’entamer ce chemin si beau de l’Avent – ce temps d’Espérance joyeuse qui reprend toute l’attente d’Israël à travers son Histoire -, qui va culminer dans la naissance de Jésus dans une étable des environs de Bethléem, parmi les petits, les marginalisés que sont les bergers de l’époque !…

Isaïe ne cesse de chanter cette espérance joyeuse qui ranime les cœurs meurtris et les genoux défaillants :

« Seigneur, tu es mon Dieu,
Je t’exalte et je célèbre ton nom, car tu as réalisé des projets merveilleux, …
Car tu es le rempart des faibles,
Le rempart du pauvre dans la détresse, …
Car le souffle des tyrans est comme l’orage contre une muraille…
Le Seigneur va donner un festin pour tous les peuples,
Un festin de viandes grasses et de vins capiteux, …
Le Seigneur Dieu essuiera les larmes sur tous les visages, …
C’est le Seigneur en qui nous avons espéré,
Exultons, jubilons puisqu’Il nous sauve ….
En ce jour-là, sortant de l’obscurité et des ténèbres,
Les yeux des aveugles verront.
De plus en plus, les humbles se réjouiront dans le Seigneur
Et les pauvres gens exulteront à cause du Saint d’Israël,
Car ce sera la fin des tyrans…
Cependant le Seigneur attend le moment de vous faire grâce,
Il va se lever pour vous manifester sa miséricorde,
Car le Seigneur est un Dieu juste :
Heureux tous ceux qui espèrent en Lui…
Tes yeux Le verront.
Tes oreilles entendront la voix qui dira derrière toi :
« Voici le chemin, prenez-le ». » (Is.25,1-30,21)

Cet enfant nouveau-né, couché dans une mangeoire, voilà le Trésor – notre Trésor ! – de la Bonne Nouvelle du Salut dont nous voulons nourrir notre vie et prendre le chemin : c’est notre joie profonde ! Puisse-t-elle transparaître et rayonner à travers nous à la rencontre des autres, comme ce fut le cas pour Marie sortant pour prendre le chemin à la rencontre de sa cousine Elizabeth…

Or c’est bien aux pauvres, aux petits, aux marginalisés que la Bonne Nouvelle est d’abord annoncée ! Voilà pourquoi les pauvres sont le Trésor de l’Église, selon le mot de St. Laurent présentant les pauvres de Rome au Tribunal qui lui demandait toutes les richesses de l’Église !…

Touchés et séduits par ce Jésus de Nazareth, nous avons voulu mettre nos pas dans ses pas ! Comment vivons-nous, à sa suite, ce compagnonnage avec les petits ?

Ne pourrait-on pas répondre : comme une opportunité, une chance, un don et un honneur d’être accueilli par eux, au milieu d’eux, ayant découvert avec Joie notre Trésor : la présence de Jésus en eux les aimant d’un amour de prédilection !…

C’est cette vision qui a ébloui Charles de Foucauld et dont il nous a partagé la passion amoureuse !…

Bien sûr, selon les contextes, culturels ou autres, différents selon les endroits où nous sommes, cette passion se concrétise par des chemins divers qu’il nous faut chaque fois apprécier et évaluer…

Mais notre communion entre nous se vit profondément dans ce même regard amoureux pour Jésus

  • naissant comme un migrant au milieu des marginalisés ;
  • fuyant vers une terre étrangère, tout jeune enfant, comme un réfugié devant la violence des dictateurs de son pays ;
  • grandissant comme tous les jeunes, lui, comme beaucoup d’autres, à l’école de la sagesse populaire d’un village de la « périphérie » dont il ne sort pas grand-chose de bon selon l’opinion commune ;
  • travaillant comme un simple artisan qui vit du travail de ses mains dans un district aux cultures métissées, fort peu « orthodoxes » aux yeux des bien-pensants de l’époque !…
  • Et sur les chemins de Galilée et de Juda, n’ayant pas peur de se retrouver au milieu d’ivrognes, de prostituées, de voleurs, de publicains, ou de brigands !…

Partager cette communion de regard avec Jésus, de bienveillance pour tous ceux avec lesquels Il a cheminé et avec lesquels nous continuons de cheminer, c’est bien notre désir. Car les pauvres, disait Jésus, vous les aurez toujours avec vous, et, de fait, on retrouve aujourd’hui, les mêmes catégories de gens que du temps de Jésus, catalogués bien souvent péjorativement, ayant tellement de mal à être accueillis et intégrés dans nos sociétés déshumanisées par le libéralisme sauvage d’une économie d’exclusion : Ah, les migrants ; les réfugiés ; les sans papiers ; les jeunes des cités périphériques ; les bons à rien ; ceux que la culture du déchet (selon le mot du pape François) de nos sociétés classe facilement dans le domaine de l’inefficace ou pire, du gêneur ; ou encore ceux que la pensée commune dominante, toujours suffisante et méprisante, sinon raciste, traite de « métèque », de non conformes, de suspects voire de dangereux !…

C’est là, au milieu d’eux, que nous découvrons, aussi émerveillés que les bergers arrivant devant ce petit enfant emmailloté dans une mangeoire d’animaux, la présence de Jésus : c’est notre Trésor et notre Joie !… Cette communion de regard, de partage de vie et de communauté de destin, voilà l’appel que nous avons reçu ensemble du Seigneur, et que l’Église reconnait comme étant notre Mission propre (Je vous renvoie à l’Introduction de nos Constitutions) …

Oui, les chemins sont divers, mais la direction est bien la même, éclairée par ce regard contemplatif et miséricordieux que nous donne Jésus et qui nous Le fait découvrir en liant comme Lui notre sort à tous ces petits en recherche d’un peu de dignité, de reconnaissance, et d’amour…

Le Pape François nous invite tous – et donc nous aussi – à être une « Église en sortie ». Cela nous interpelle, nous qui disons vouloir être aux frontières, aux périphéries… À nous aussi, Jésus nous raconte la parabole des invités au festin nuptial : devant les excuses de beaucoup des invités au banquet des noces de son Fils, le Père nous dit : « allez donc aux départs des chemins et conviez aux noces tous ceux que vous pourrez trouver » (Mt.22, 9). Tout le monde est invité à partager la joie des Noces du Fils, et il ne nous est pas demandé de faire le tri puisque tous sont invités, mais plutôt de rayonner et transmettre cette joie de vivre ensemble, en frères et sœurs les uns des autres !…

C’est ce que nous dit le pape François avec ses mots si forts, si concrets, si poignants, dans « La Joie de l’Évangile » (EG N°87) :

« Nous ressentons la nécessité de découvrir et de transmettre la “mystique” de vivre ensemble, de se mélanger, de se rencontrer, de se prendre dans les bras, de se soutenir, de participer à cette marée un peu chaotique qui peut se transformer en une véritable expérience de fraternité, en une caravane solidaire, en un saint pèlerinage. » … chemin faisant ensemble vers le Festin du Royaume !…

Comme Marie et Joseph, comme les bergers, comme les Mages, nous sommes invités à cheminer dans la joie et en toute confiance, à la rencontre de l’autre, ainsi que nous le dit François dans la même exhortation (EG N°88) :

« L’Évangile nous invite toujours à courir le risque de la rencontre avec le visage de l’autre, avec sa présence physique qui interpelle, avec sa souffrance et ses demandes, avec sa joie contagieuse dans un constant corps à corps. La foi authentique dans le Fils de Dieu fait chair est inséparable du don de soi, de l’appartenance à la communauté, du service, de la réconciliation avec la chair des autres. Dans son incarnation, le Fils de Dieu nous a invités à la révolution de la tendresse. »

A nous de prendre le chemin d’être « Bonne Nouvelle » ensemble, dans la confiance !…

* * *

Joyeux Noël à chacun de vous et très bonne année 2019 qui va nous voir préparer ensemble le Chapitre d’Avila, dans chacune de nos fraternités et dans nos quatre Assemblées de Zone !…

Hervé.

Bruegel

Pierre Bruegel l’Ancien : Danse de noces en plein air.

Annexe :

 Grand Avent [1]

Qui racontera les hauts-faits du Seigneur et fera entendre sa louange?

1-Créateur du Ciel et de la Terre – et de l’homme à son image
– Béni soit-il, béni soit son Nom !

2-Il fait alliance avec Noé et met dans le ciel son Arc.
– Béni soit-il, béni soit son Nom !

3-Il éprouve Abraham son serviteur, et multiplie comme le sable sa descendance
– Béni soit-il, béni soit son Nom !

4-Il sauve Isaac lié pour son Nom, il lutte avec Jacob son serviteur.
– Béni soit-il, béni soit son Nom !

5-Il établit dans son peuple des femmes vaillantes, il accomplit par elles sa volonté
– Béni soit-il, béni soit son Nom !

6-Il guide Joseph sur sa route et nourrit la foule par sa main.
– Béni soit-il, béni soit son Nom !

7-Il révèle à Moïse son Nom, et remet en ses mains sa Tora.
– Béni soit-il, béni soit son Nom !

8-Il appelle Samuel, et le fait prophète de son peuple.
– Béni soit-il, béni soit son Nom !

9-Il bâtit la Maison de David et fait de lui le berger de son peuple.
– Béni soit-il, béni soit son Nom !

10-Il donne à son peuple des prophètes qui voient la venue de son Messie.
– Béni soit-il, béni soit son Nom !

11-Il forme Jean-Baptiste dès le sein de sa mère, pour qu’il prépare le chemin devant son Messie
– Béni soit-il, béni soit son Nom !

12-Il couvre Marie de son Esprit et fait habiter en elle sa Parole.
– Béni soit-il, béni soit son Nom !

Qui racontera les hauts-faits du Seigneur et fera entendre sa louange ?

 

 

 

[1] Le « Grand Avent » que la Qehila (la Communauté hébraïque catholique) de Jérusalem chante au début de sa célébration eucharistique pendant l’Avent. Ayant participé plusieurs fois, ce chant m’a beaucoup touché.

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