Quinson, la beauté de la Terre-mère et le jardin de Theo

teo-43Teo vit à Quinson, un petit village de 500 habitants dans la Haute Provence. Il y a de bien belles choses à Quinson et on comprend que Teo voie son jardin, les frères et les gens qui l’entourent comme des « lieux » de beauté qui rendent belle et bonne notre mère la terre et qui louent le Seigneur

Il y a une éternité que je n’ai pas écrit un diaire, excusez-moi, j’aime bien lire vos diaires mais pour écrire, ce n’est pas mon fort ; enfin, aujourd’hui je me jette à l’eau ! Je voudrais vous parler un peu du renouveau de la fraternité de Quinson ; elle mourait et la voici vivante, alléluia ! Après le décès de nos frères Dédé, André et Dino, nous voici à quatre de nouveau ; je remercie ceux qui ont permis cela. Vous pouvez vous imaginer ma joie d’être à nouveau avec des frères, surtout avec Patrice et Jean que j’avais connus avant et qui sont plus jeunes et dynamiques que moi ; Marcel aussi, je l’avais connu durant un mois, lorsqu’il était venu nous donner un coup de main, quand nous travaillions dans un grand poulailler, et il n’a que trois ans de plus que moi.

Patrice et Jean font la cuisine et s’occupent de l’intendance ; Patrice nous informe parfois, avec l’ordinateur, de ce qui se passe dans le monde, l’Église, la Fraternité etc. ; et surtout il nous tire d’affaire dans les paperasses officielles et autres. Jean est le grand marcheur, il connaît tous les beaux coins et les randonnées du village : les ‘petites gorges du Verdon’, l’ancienne source du village, dite ‘Poiraque’, etc. Venez et vous verrez ! Quant à moi, Téo, je suis la plupart du temps au jardin avec Marcel qui arrache les mauvaises herbes et bêche en profondeur ; il s’occupe aussi de fermer l’église, de sortir les poubelles, etc. Patrice est le roi des fleurs (des zinnias), c’est une merveille, des fleurs à garnir toutes les églises de la contrée ; les gens émerveillés qui passent par la route disent : « Pourquoi tant de fleurs ? » et je leur réponds : « Pour la gloire de Dieu ! ». Jean est le spécialiste du persil, des haricots verts, des poireaux, des courges ; il passe le motoculteur, qui est lourd, etc.

Il faut dire que, si nous faisons le jardin, c’est parce que nous avons, gratuitement, l’eau du barrage de Quinson, du 15 mars au 15 octobre ; notre voisine nous laisse un lopin de terre, à côté de la maison ; ainsi nous mangeons des légumes et des fruits sans trop de pesticides. En ce qui me concerne, pour la santé, le médecin nous l’avait recommandé, à André et à moi surtout : « Le jour où tu t’arrêteras de faire le jardin, tu seras foutu ! ».

Le jardin de Quinson a une histoire ; Patrice l’avait commencé vers 1978 et depuis, André et moi, nous l’avons continué, mais alors il était loin de la maison ; plus tard, nous en avons trouvé un près de la maison. Dino nous a rejoints plus tard.

La terre, cette terre que nous travaillons, nous l’appelons “notre mère, notre maison commune”, comme le dit notre pape François ; Dieu nous l’a donnée pour la travailler et la rendre plus belle, au lieu de la polluer ; elle a accueilli, vu naître, grandir, mourir et ressusciter Jésus, son Fils unique et Bien-aimé. C’est pourquoi il faut la travailler, la respecter et l’aimer comme Jésus lui-même l’a fait. Comme St Jean de la Croix le fait comprendre en disant à peu près : Jésus, en marchant par les prairies et les forêts, a tout laissé revêtu de sa beauté ; c’est ainsi que nous essayons tous de suivre et d’imiter Jésus jusqu’à la fin ; c’est ainsi que, de mon bout de terre, de ce petit jardin, avec Jésus, je peux rejoindre le monde entier et rendre cette terre plus belle…

Lorsque je jette mes petites semences en terre, je dis : « Croissez et multipliez-vous, au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit ». Et quand je ramasse les beaux fruits et légumes, je dis « Merci Seigneur pour ces beaux fruits que Tu nous donnes, fruits de la terre et du travail de l’homme ; ils me donnent la force pour travailler, te servir, t’aimer et te louer avec la Création et tous mes frères ». Dieu soit loué, “Laudato Si”.

Une petite anecdote : nous avons plein de sangliers dans les parages et les gens disent : « Dans le jardin des frères, les sangliers n’y vont pas parce que le jardin est béni » ; ce qui n’est vrai qu’à moitié car, cette année, ils nous ont saccagé et arraché toutes les courges, dans la partie en bas du jardin, mais… nous les avons toutes ramassées en bon état.

Nous savons bien que dans le processus de croissance, le plus grand travail, c’est Dieu qui le fait ; nous n’avons qu’à semer, arroser, arracher les mauvaises herbes, mais c’est Dieu qui donne la croissance. Il en va de même pour notre âme ; dans la petite graine, comme dans notre âme, il y a la puissance de vie à se développer, mystère d’amour et de vie que Jésus lui-même a dû contempler ; mais c’est à nous de les travailler : semer, arroser, etc., pour que les beaux fruits arrivent à leur maturité. Mon Dieu, comme ils sont beaux et bons ces fruits d’une terre et d’une âme bien travaillées, lorsqu’ils arrivent à maturité ! Tout porte à louer le Seigneur, Alleluia ! Travaillons, partageons et continuons à rendre notre ‘maison commune’ chaque jour plus belle. Dieu soit loué. C’est le souhait de notre pape François.

Pour ne pas allonger encore, je vous dirai, comme vous le savez, que je ne suis pas bienheureux mais je suis très heureux de vivre avec des frères qui continuent de me supporter ; pour cela aussi Dieu soit loué !

Excusez-moi d’avoir été un peu long sur le jardin, mais c’est là que je passe une bonne partie de mon temps de retraité. Je vous embrasse bien fraternellement.

Votre frère Teo.

 

N.B : Nous n’avons pas retouché le texte de Teo qui mentionne la présence de Jean et sa place dans la fraternité de Quinson. Quelques mois après l’envoi de ce diaire à l’ensemble des frères, Jean a trouvé la mort dans un accident de voiture, à quelques kilomètres de la fraternité. Il laisse un grand vide… 

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