Expatriation et communion

Xavier (07-2014)Xavier vit avec Michel, Mani, Anand, Kumar et Yesudas à Mylasandra. Il est allé aux Philippines pour améliorer sa deuxième langue, l’anglais. Cette expérience a été une occasion de croissance humaine et de «test» sur la vie fraternelle; la découverte de la vie de Nazareth qui nous est si chère. Ce que Xavier nous partage ci-dessous est donc, tout simplement son expérience aux Philippines pendant un an d’étude de l’Anglais.

Durant mon séjour aux Philippines, le temps passait vite; il y avait tellement de choses à faire! J’étudiais dans une école coréenne. Chaque jour, il nous fallait marcher une heure pour atteindre l’école. De nombreux étudiants étaient là, venant de différentes parties du monde. Il y avait deux types de cours avec des horaires différents qu’on pouvait choisir selon nos besoins: un cours ‘un à un’ et l’autre ‘en groupe’. Quant aux matières enseignées, il y avait des cours pour apprendre à parler; d’autres pour lire, d’autres encore pour écrire et des cours de grammaire. Vers la fin on donnait aussi un cours d’introduction pour travailler sur ordinateurs.

Les professeurs étaient très bons et ils adaptaient leur enseignement au niveau des étudiants. Le but était que chaque étudiant puisse comprendre. Trac et moi, nous suivions les cours ensemble. Quelques mois plus tard, Edgar de Cuba s’est joint à nous. J’ai suivi ce cours pendant 5 mois seulement. Au commencement, il m’était difficile de comprendre la manière dont les gens parlaient l’anglais. Ils parlaient très vite et leur prononciation ainsi que l’accent étaient très différents de l’Inde. Il m’a fallu patienter mais après deux semaines, je m’y suis habitué. Je suis arrivé à parler avec leur accent, quoique imparfaitement.

Les cours avaient lieu 5 jours par semaine, 3 heures par jour, toujours le matin. J’ai choisi le cours du type ‘un à un’ parce que je voulais profiter au maximum du professeur pour apprendre plus vite. J’avais trois type de cours, d’une heure chacun. La première heure, je devais écrire, et parler ensuite sur ce que j’avais écrit; la seconde, je devais écrire et expliquer ce que j’avais écrit, en faisant attention surtout aux règles de grammaire; la troisième heure il s’agissait d’écrire un texte personnel sur des sujets proposés. Les sujets étaient variés. Il fallait présenter l’écrit le même jour. Les cours étaient très bons et de même les ‘notes’ de chaque jour. Je devais écrire au moins cinq compositions chaque jour. Au long de ce cours, j’en ai écrit plus de 80! Je n’avais jamais écrit autant de ma vie!

Vraiment, je dois dire que je suis très content de ce temps, et je voudrais remercier les frères des Philippines et ceux de la fraternité générale de m’avoir donné cette possibilité.

Je voudrais dire merci à mes frères des Philippines qui ont ouvert leur fraternité à nous, étudiants. La maison est petite, mais les cœurs des frères sont grands. Bernard a donné sa vie pour nous, malgré son âge. De temps en temps, il partait à Lipa pour nous laisser plus libres dans la fraternité, en sorte qu’on pouvait faire un peu plus de bruit dans la maison. Habituellement Bernard se couchait à 20 h, on ne pouvait pas parler haute voix quand il était là! Merci, donc, pour sa compréhension envers les besoins de ses frères étudiants.

Merci à Joseph aussi pour avoir pris bien soin de nous. Il s’est donné de la peine pour nous aider à être à notre aise dans la maison et dans le quartier; et il nous aidait, au besoin, aussi pour l’étude. Il donnait un coup de main surtout aux frères vietnamiens en leur donnant des exercices supplémentaires, parce qu’ils trouvaient ces cours très durs. Il s’occupait de notre nourriture, allant au marché, très tôt le matin, deux fois par semaine. Cela devait être très dur pour lui.

Je voudrais aussi remercier de tout cœur les frères vivant à Lipa (Patring et Maning) qui nous ont aidés de bien des manières.

Je n’avais jamais pensé que la maison pourrait être aussi petite. Il n’y avait de vraie chambre pour personne. J’avais ma place au milieu d’un ‘coin ouvert’, les frères avaient une petite chambre sans porte. La seule pièce ‘comme il se doit’, est la chapelle. C’était la première fois que je visitais une telle fraternité. On pouvait tout voir dans la fraternité, tout ce que les frères faisaient. Mes frères en Inde me disaient qu’on devait être ouvert, ouvert devant Dieu et ouvert devant nos frères. En effet, je pouvais voir tout ce que faisaient les frères, … tout était ouvert, même quand ils se changeaient!

Je crois que c’est une manière de vivre la vie de Nazareth. Parfois nous oublions de regarder Jésus, notre Modèle Unique, lui qui s’est fait chair pour que nous puissions le suivre et l’imiter jusqu’au point d’incarner ses paroles et ses actes dans notre vie quotidienne.

Comme le dit C.de Foucauld: «Le but de ma vie, c’est d’imiter la vie cachée de Jésus à Nazareth aussi parfaitement que possible». Jésus m’a appelé à imiter sa vie à Nazareth. Ce n’est pas facile, mais si je veux le suivre, je dois accepter tout ce qui arrive, surtout toutes sortes de souffrances. Je dois surmonter ces souffrances pour suivre mon Seigneur de Nazareth, comme le Fr. Charles l’a suivi. Alors seulement je peux croitre dans ma vocation.

Pour moi, la vie de Nazareth, c’est aimer les autres comme Jésus nous a aimés. Même si je ne connais personne ici aux Philippines, et si personne ne me connait, nous devons quand même nous aimer les uns les autres. C’est mon premier ‘point’ quand je pense à la vie de Nazareth, et cela a une  grande puissance pour rassembler les gens, partageant ce que nous avons, ce que Dieu nous a donné et rendant les gens heureux.

Cette vie fraternelle a été bonne, malgré quelques expériences amères. Je ne veux pas m’arrêter à celles-ci, mais elles m’ont aidé à découvrir comment je dois respecter les cultures de chacun, la couleur de sa peau, sa manière de s’exprimer, la nourriture qu’il aime, etc. Nous avons besoin de temps pour nous y adapter, pour apprécier les différences.

“Nous ne pouvons pas dire combien Dieu nous aime”

L’amour fait naître des affections très fortes envers la personne qui vous attire de manière ‘romantique’ ou même sexuelle. Mais nous devons croire que Dieu nous aime au delà de toute mesure (1 Jn 4,11). Son amour envahit nos coeurs et nous devons Le mettre, Lui, au centre de nos vies pour pouvoir aimer les autres comme Lui nous aime, en particulier ceux qui sont pauvres, ceux qui attendent d’être aimés en amis, en mères, en frères ou soeurs. C’est ainsi que faisait Jésus pendant sa vie sur terre. À cause de cela j’ai choisi de travailler comme infirmier à l’hôpital. Je crois qu’en faisant cela, je prêche la Bonne Nouvelle.

L’amour de Dieu est très profond et ne peut jamais être enfermé dans un cadre. L’amour humain par contre ne peut jamais être aussi profond. De manière que nous ne pouvons pas mesurer combien Dieu nous aime, mais nous pouvons, par contre, mesurer notre amour pour Lui, parce que nous sommes des humains et que notre cœur humain est faible et limité. La mesure de notre amour envers Lui se manifeste par notre amour pour les gens autour de nous: voisins, amis, parenté… Puisse le Seigneur me donner la force de vivre dans le monde ma vocation de Nazareth pour annoncer la Bonne Nouvelle par ma vie de tous les jours comme un pauvre parmi les pauvres de ce monde.

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