« Ça rend le monde plus supportable…

Yohanan avait 30 ans quand il est arrivé en Israël, il est décédé en 2020 à 94 ans après toute une vie dans un pays marqué par la violence. Marqué aussi par des démarches de paix dont on parle moins… Yohanan nous en avait parlé quelque temps avant sa mort, à travers plusieurs petites histoires.

Je tremble… mes deux derniers diaires : 2000 et 2009, puis silence.

Parlons de ma vie quotidienne. C’est un vieux qui vous parle. Dans quelques jours, j’aurai 93 ans. Mais au total, ça va assez bien. Les forces diminuent, mais la tête marche encore pas mal et les doigts aussi. Je continue à écrire sur mon ordinateur – ce que j’avais commencé à faire en février 1976 dans une maison d’édition, sur un des nouveaux ordinateurs arrivés d’Amérique. Mon travail était alors d’imprimer le livre que je venais de terminer, un dictionnaire hébreu-arabe palestinien. En effet, il est bon que je rappelle que c’est mon travail principal depuis 40 ans. Je vais le décrire en bref, pour ceux qui l’ignorent ou l’ont oublié.

Le Père Voillaume m’avait envoyé en 1965 dans un village arabe de Galilée avec Bernard, et nous avions vécu 2 ans la vie quotidienne avec les Arabes du village. Ayant déjà appris l’arabe libanais en 1946-47, et le syrien à Damas en 1949-50, j’avais déjà une bonne base. Lorsque nous avons fermé cette fraternité de Galilée, j’ai pensé que j’avais acquis un trésor d’arabe parlé et que je devais écrire des livres d’étude de ce dialecte palestinien, pour des amis français vivant à Nazareth ou ailleurs en milieu arabe. Puis un ami, prof d’arabe à l’université, m’avait poussé à faire cela en hébreu… Début d’une longue carrière et parution d’un cours d’arabe en 4 volumes, paru d’abord en hébreu, puis en anglais, puis en français. Puis des dictionnaires dont l’arabe-hébreu, etc… Mon éditeur m’a dit l’an dernier : « Sache qu’aujourd’hui 90% des gens qui apprennent l’arabe palestinien le font avec tes livres. » Eh bien, je n’avais pas prévu cela quand j’ai fait la première fois, à la machine à écrire sur stencils, 60 exemplaires du cours d’arabe pour mes amis français de Nazareth. Thierry se le rappelle sûrement, car c’est lui, alors imprimeur de nos diaires à Marseille, qui me l’avait polycopié. Bon, un mot sur mon éditeur actuel. Il y a 20 ans, mon premier éditeur m’avait dit : « Yohanan, je ne peux pas continuer, je fais faillite… » Occasion de vous dire : on ne s’enrichit pas en imprimant des cours d’arabe, mieux vaut faire des livres de cuisine ou des romans à scandale… Après un essai près d’un éditeur d’Oxford, sans succès, je suis revenu vers Israël et, par hasard, j’ai rencontré un jeune israélien qui ouvrait une maison d’édition, lui-même connaissant bien l’arabe (il l’enseigne depuis 20 ans, entre autres dans les hôpitaux). Ce fut l’éclair, l’amitié, et depuis il publie mes cours et dictionnaires, et d’autres choses, comme le Petit Prince en arabe palestinien avec texte enregistré sur disque. En gros, c’est ce qui m’occupe encore : en ce moment, c’est un dictionnaire arabe-hébreu, à compléter et corriger. Encore une histoire : il y a 20 ans, j’avais fait un dictionnaire de 5.000 mots (seulement) et je découvre à sa parution qu’il manque – entre autres – deux mots : la foi et le sel ! Et je me dis : « Yohanan, comment peux-tu vivre sans foi et sans sel ?! » Dans celui que je fais actuellement, il y aura la foi et le sel !…

Rencontre avec des professeurs d’arabe qui travaillent avec les livres de Yohanan

Pour ce qui est de ma vie de prière, cela va bien, je sais ma petitesse, mais aussi l’amour du Père qui est lui-même l’Amour (selon Jean dans une épître). Et j’ai aussi une histoire pas banale que j’ai envie de vous raconter : il y a fort longtemps, j’ai travaillé en kibboutz, et on m’a demandé de faire en public un petit récit sur ce que nous sommes, nous, les petits frères. Le kibboutz étant alors marxiste, je me suis dit : « Je ne parlerai pas de religion, de choses spirituelles, etc… » Donc, ce vendredi soir après le souper, tous rassemblés (avec les enfants), je décris en bref notre vie : « On se lève, on prie, on va au travail, on revient l’après-midi, on visite les voisins, les amis, on aide ici ou là, on dîne, on prie, on va se coucher. » Une jeune fille de 18 ans, bien marxiste, me dit à la sortie : « Dommage que tu n’aies pas parlé de l’idéologie qui est derrière. » Les années passent, mais je suis retourné chaque année passer un week-end chez mes amis du kibboutz. Une fois, je vois de magnifiques tableaux d’émail sur cuivre sur les murs des maisons. Je demande : « Qui fait cela? »  ; on me dit : « C’est Gaia, notre artiste. » Je vais la voir et lui dis mon admiration, alors elle répond : « Tu sais, quand je travaille, je pense à toi. » Je m’étonne et elle répond : « Tu sais, ce que je fais, ce n’est pas de moi : je ferme les yeux et je vois des choses merveilleuses et je recopie… Alors, d’où cela vient ? » Et elle ajoute : « Et tu sais, quand tu nous as parlé, j’avais 14 ans. » Elle en avait 30 en me racontant la chose. Oui, j’avais dit : « On se lève, on prie », alors, en avait-elle conclu « Ils s’adressent à quelqu’un ! Il existe »… J’en suis ému chaque fois que je raconte cela.

Avec la communauté catholique de langue hébraïque, après la messe

Mais pour varier, parlons de politique. Eh bien, ce n’est plus ce que j’ai connu en arrivant dans ce pays en 1956. Israël n’occupait pas les territoires (Samarie, Judée, bande de Gaza). Et pourtant les voisins arabes opéraient des attaques terroristes : en 1956, c’était quatre fois par semaine, 112 attaques en 7 mois. Ceci pour dire qu’Israël n’est pas seul coupable ! Mais depuis il a fait bien des choses regrettables. Et chacun réagissant aux fautes du voisin, cela n’a jamais cessé depuis 70 ans. Pas un mois sans violence. Essayer de faire un tableau exact ? Impossible… Une histoire : j’ai rarement accepté de parler à des pèlerins français. Une fois, il y a quelques années, j’ai parlé en détail de cette situation, avec toujours le « oui, mais… » indispensable. À la fin une petite dame se lève et dit : « Alors là ! je ne sais plus quoi penser ! » Et moi : « Bon, c’est tout ce que je voulais… »

Je pourrais aussi raconter beaucoup de positif, ce dont les journaux du monde ne parlent quasiment jamais. Yuval, un homme de 50 ans, dont le jeune frère, qui revient de l’armée, fait du stop et trois juifs religieux le prennent en voiture, mais… ce sont des terroristes palestiniens déguisés. Ils l’emmènent dans un petit bois, ils le tuent, et le mettent en morceaux. Le frère est fou de rage : « Que faire ? je me venge ?… ou je fais du positif ! » Alors étant assez libre et ayant une auto, il va à la frontière de Gaza prendre une mère palestinienne avec sa petite fille malade et il les emmène au grand hôpital de Tel Aviv, 5 fois par semaine, pour une dialyse, et les ramène ensuite. Pour une fois les journaux ici en ont bien parlé. Et il a fondé un groupe pour faire ce genre de chose, et environ 60 autres Israéliens se sont engagés. J’ai connu aussi deux femmes faisant la même chose, sans se connaître.

Yuval

Je pourrais aussi raconter beaucoup de positif, ce dont les journaux du monde ne parlent quasiment jamais. Yuval, un homme de 50 ans, dont le jeune frère, qui revient de l’armée, fait du stop et trois juifs religieux le prennent en voiture, mais… ce sont des terroristes palestiniens déguisés. Ils l’emmènent dans un petit bois, ils le tuent, et le mettent en morceaux. Le frère est fou de rage : « Que faire ? je me venge ?… ou je fais du positif ! » Alors étant assez libre et ayant une auto, il va à la frontière de Gaza prendre une mère palestinienne avec sa petite fille malade et il les emmène au grand hôpital de Tel Aviv, 5 fois par semaine, pour une dialyse, et les ramène ensuite. Pour une fois les journaux ici en ont bien parlé. Et il a fondé un groupe pour faire ce genre de chose, et environ 60 autres Israéliens se sont engagés. J’ai connu aussi deux femmes faisant la même chose, sans se connaître.

Je pourrais raconter encore et encore de telles histoires, mais aussi hélas, des négatives. Sachez simplement que cela existe. Aussi des dons d’organes d’enfants morts à d’autres enfants, israéliens ou palestiniens, et cela dans les deux sens. Pas fréquent, mais cela existe. À propos, je dis toujours que je suis « sioniste ». Pas dans le sens que cela a pris dans le conflit, mais dans le sens original : le retour à Sion, l’importance pour le peuple juif d’avoir une terre, alors que dans d’autres pays il souffre d’antisémitisme. Il y a eu et il y a encore des intellectuels, auteurs littéraires et autres, qui disent cela (et mieux que moi) et sont sionistes de gauche, rappelant des vérités qu’on oublie, des erreurs que l’on fait. Encore une petite histoire : je dis parfois « Ma patrie, ce n’est pas la France, ni Israël, ni l’Église, ni la fraternité… C’est une petite île dans l’Océan pacifique, qui s’appelle “la vérité”. Là je suis chez moi, j’essaie d’y rester, et de là je regarde le monde ». Et en Israël, il y a toujours des gens qui parlent, qui ne peuvent  se taire, entre autre des soldats. La majorité n’aime pas beaucoup cela, mais on les entend, à la télé ou à la radio. Mais, hélas, nos dernières élections sont une catastrophe. Vers quoi va-t-on ? Il est vrai que c’est un peu pareil dans bien des pays dans le monde.

Quand le vieux de 93 ans (je veux dire Yohanan) se lève le matin, il se dit parfois en regardant le monde : « Que puis-je faire, face à une telle situation ? » Et j’ai trouvé une petite réponse : « Aujourd’hui je dois faire plaisir à une personne (ou plus). Et c’est facile à trouver… Cela rend le monde plus supportable (un tout petit peu…). C’est pour cela que j’aime souhaiter l’anniversaire des frères dont j’ai la date de naissance et l’adresse.

Bon, cela suffit. À la prochaine, dans dix ans (ou avant, si je suis encore là).

Yohanan

PS : Un petit film à voir, en hébreu avec sous-titres en anglais. À la fin, on voit des Israéliens et des Palestiniens, sur des lits d’hôpital, donnant du sang… Rien que ces dernières photos valent la peine, même si on ne comprend pas les paroles. Et vers la fin, à partir de la minute 6, ils s’embrassent – Israélien(ne)s et Palestinien(ne)s, qui ont eu une victime dans leur famille. Tout un symbole, le don du sang…

Vous pouvez le voir sur https://www.youtube.com/watch?v=3GZxLcGSCow

« En si étroite communion avec les gens »

Lorenzo, vit depuis 35 ans dans un petit village de Tanzanie. C’est tout un pan de l’histoire d’un pays qu’il a ainsi partagé et vécu de l’intérieur, dans la proximité très grande avec les gens qui l’ont accueilli.

Hervé, notre prieur, me demande encore une fois d’écrire un “diaire”. Je commence par dire toute mon estime pour nos aînés : le diaire d’André du Japon et aussi celui de Yohanan d’Israël. Comme dit souvent un frère, notre temps, c’est le temps des larmes (c’est bien vrai !) et pourtant même au bord du désespoir l’homme de foi doit rendre son visage dur comme la pierre (Isaïe 50,7).

1) Je voudrais élever un hymne de louanges au pays qui m’a accueilli si longtemps : la Tanzanie !

Les media puissants (BBC, télés américaines) continuent à nous harceler : ils voudraient nous voir à la merci de la logique du marché et des échanges “libres” (en réalité dépendants !) alors que nous défendons avec ardeur nos fondements d’une voie originale de “socialisme” démocratique où le rôle régulateur de l’Etat est fort pour conduire le peuple selon équité et justice dans des domaines clés comme les infrastructures, l’instruction, la santé, les ressources minières et énergétiques, etc. Je le dis ouvertement et avec conviction : le mérite en revient en premier lieu au Parti de la révolution C.C.M. de notre père Nyerere qui a su se renouveler et combattre aussi à l’intérieur de lui-même contre la corruption (qui est une pandémie mondiale !), tout en défendant nos valeurs culturelles en face de la pression d’idéologies corruptrices. La coexistence pacifique unie à la collaboration active entre ethnies nombreuses et les 2 religions plus largement présentes, Islam et Christianisme, ensemble avec la saine laïcité du Parti et de l’État n’est pas non plus un petit mérite de notre pays !

Julius Nyerere, père de la Tanzanie, fondateur d’une voie originale de développement équitable.

Les media puissants (BBC, télés américaines) continuent à nous harceler : ils voudraient nous voir à la merci de la logique du marché et des échanges “libres” (en réalité dépendants !) alors que nous défendons avec ardeur nos fondements d’une voie originale de “socialisme” démocratique où le rôle régulateur de l’Etat est fort pour conduire le peuple selon équité et justice dans des domaines clés comme les infrastructures, l’instruction, la santé, les ressources minières et énergétiques, etc. Je le dis ouvertement et avec conviction : le mérite en revient en premier lieu au Parti de la révolution C.C.M. de notre père Nyerere qui a su se renouveler et combattre aussi à l’intérieur de lui-même contre la corruption (qui est une pandémie mondiale !), tout en défendant nos valeurs culturelles en face de la pression d’idéologies corruptrices. La coexistence pacifique unie à la collaboration active entre ethnies nombreuses et les 2 religions plus largement présentes, Islam et Christianisme, ensemble avec la saine laïcité du Parti et de l’État n’est pas non plus un petit mérite de notre pays !

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« Humaniser notre humanité »

Ventura, qui vit à l’Assekrem, a l’habitude d’envoyer un message à ses amis pour Noël. Voici la belle réflexion envoyée l’an dernier :

Cet été, un ami m’a dit : « Tu te rends compte, Ventura, que tu as trois thèmes favoris et que les trois sont ressortis dans la conversation que nous venons d’avoir ? » – « Ah bon ! Aucune idée ! de quels sujets s’agit-il ? » lui ai-je demandé. « Ta “Passion pour Jésus” ; ta préoccupation pour “Humaniser notre Humanité” et le “Problème du Langage” qui peut être une arme puissante pour chercher la vérité ou la dénaturer. » Conscient de cela, ce Noël, j’ai envie d’enfoncer le clou et de vous parler une fois de plus de mes trois thèmes “préférés”.

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Ventura, qui vit à l’Assekrem, a l’habitude d’envoyer un message à ses amis pour Noël. Voici la belle réflexion envoyée l’an dernier :

Cet été, un ami m’a dit : « Tu te rends compte, Ventura, que tu as trois thèmes favoris et que les trois sont ressortis dans la conversation que nous venons d’avoir ? » – « Ah bon ! Aucune idée ! de quels sujets s’agit-il ? » lui ai-je demandé. « Ta “Passion pour Jésus” ; ta préoccupation pour “Humaniser notre Humanité” et le “Problème du Langage” qui peut être une arme puissante pour chercher la vérité ou la dénaturer. » Conscient de cela, ce Noël, j’ai envie d’enfoncer le clou et de vous parler une fois de plus de mes trois thèmes “préférés”.

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« Sans se montrer vulnérable, il n’y a pas d’amitié possible »

Joan vit seul à Sabadell, en Catalogne. Seul mais bien inséré dans la vie de son quartier et dans le tissu associatif. Être simplement un parmi les autres, comme l’on est, et rencontrer les autres sans jouer un personnage : voilà le secret qu’il nous partage.

Cela fait un moment que je ne vous ai pas donné signe de vie, mais je suis toujours là, bien sûr un peu plus âgé ! Et je dois vous confesser que je vais bien, pour autant qu’on puisse le dire, et que je suis heureux, en toute modestie. Je ne sais vraiment pas de quoi je pourrais me plaindre.

J’ai d’abord envie de vous dire que je me “bouge” encore et que je suis encore plein de vie, autant que mes 77 ans me le permettent. Bien sûr je me traîne plus qu’avant, mais j’avance avec ma canne et je vais ici et là. Toujours avec mon petit sac à dos bien sûr. C’est vrai aussi que je me déplace beaucoup en bus à travers la ville de Sabadell, avec les transports gratuits pour moi comme pour beaucoup d’autres personnes. C’est l’avantage d’être relativement pauvre. Et par ailleurs cela ouvre des possibilités de relations nouvelles avec mes propres voisins du Complexe où j’habite, au-delà des salutations timides et des gestes bienveillants. C’est comme si on se déplaçait dans une « crèche vivante », dans laquelle chacun cherche sa place dans le monde. Et cela doit aussi être un avantage de vivre à la périphérie. Inutile de dire, en tout cas, que, dans ce contexte, le rôle qui me tient le plus à cœur est celui de moi-même ; j’aime pratiquer une certaine transparence devant les autres : un peu comme je suis vu par Dieu qui, je pense, nous aime tous et nous attire tels que nous sommes. Je n’aime pas l’anonymat, car il me semble cacher un certain sentiment de subtile et fausse supériorité par rapport aux autres qui n’est pas bien en harmonie avec l’amitié. Pour moi, une certaine discrétion au début est suffisante ; c’est en tout cas mon expérience, soit dit en passant. Il me semble – et c’est peut-être la clé pour comprendre mon propre petit drame – que, pour le dire tout simplement, sans se montrer de quelque façon vulnérable, il n’y a pas d’amitié possible (parole d’un timide…).

Bien sûr, je suis toujours engagé à l’association Ningú sense Sostre (Personne sans toit), dont je vous ai parlé dans le passé. Ce que je peux faire encore, je ne m’y dérobe pas, mais je passe la main à d’autres, de très bonnes mains d’ailleurs, car, comme dit le proverbe: « qui ne gêne pas, fait déjà beaucoup ». En plus, les choses ont évolué avec le temps et sont devenues plus difficiles à gérer étant donné qu’on fonctionne en lien avec d’autres entités partenaires, y compris le conseil municipal. Entre nous, en dehors des réunions périodiques, nous communiquons via WhatsApp… Mais le plus important, c’est que 18 personnes sont actuellement hébergées dans plusieurs appartements et qu’elles se voient offrir la possibilité de réintégrer le monde du travail. Elles sont également soutenues par un éducateur qui établit avec elles un plan individuel pour chacune. Il s’agit généralement de personnes ayant des problèmes d’addiction, qui ont rompu avec leur famille et ont perdu leur emploi. Mais ce n’est pas le cas d’un couple avec un enfant de 2 ans, dont la seule présence introduit une certaine tendresse qui fait du bien à tous.

Avec des membres de l’association « Personne sans toit ».

Et cela m’amène à vous parler un peu de comment je me sens dans la résidence HLM où j’habite. Eh bien, quand on se rencontre, généralement entre personnes âgées, ce qui sort toujours, c’est ce qu’ont été nos expériences d’enfance et de jeunesse. Quelque chose de naturel, semble-t-il, comme un mythe maintenu très vivant. On ne sait peut-être pas à quoi ça sert, en tout cas, c’est au moins précieux pour se connaître et, dans une certaine mesure, se reconnaître… Et ici on retrouve cette question de ma chère transparence. On connaît un peu mieux la personne et elle cesse d’être seulement un élément du paysage. C’est comme un petit village dans la ville de Sabadell, qui compte plus de 200.000 habitants. Et là, des gens de différents endroits d’Espagne s’intègrent tout naturellement, et bien sûr les accents divers sont appréciés – il ne manquerait plus que ça ! – si tant est qu’avoir l’accent, comme le disait un poète, c’est « parler de son pays, en parlant d’autre chose »… Ce qu’on cherche entre nous, c’est simplement de passer un bon moment ensemble. Tout le reste nous est donné par surcroît.

Enfin et pour finir, je ne sais vraiment pas de quoi d’autre je pourrais parler, car ce qui n’est pas encore arrivé n’a pas sa place ici. Je me contenterai de cette vue générale qui, au moins, aidera peut-être à situer mon chemin. De ma vieillesse qui devient chaque jour plus évidente, je ne peux que deviner où elle va… Ce que je sais déjà, c’est que : « Personne n’est allé hier, ne va aujourd’hui et n’ira demain à Dieu par le même chemin que moi. Pour chaque homme, le soleil garde un rayon de lumière tout neuf… et pour chacun, Dieu ouvre un chemin vierge » (León Felipe, dixit). Et moi, je cherche cette deuxième enfance, bien sûr plus intéressante, que le Seigneur Jésus a mise à notre portée.

Un abrazo pour tous mes petits frères !

Joan

Joan (à droite) avec Juan-Luis et Quique, deux frères d’Espagne.

Sur fond de crise politique…

De Foumban, au Cameroun, Valéry nous raconte simplement une année de vie, dans une ville marquée par la crise que traverse le pays.

Chers tous, salut!!!

Il y a déjà un an que nous vous avons donné les dernières nouvelles de notre fraternité !

Pour ma part, je me porte mieux ! Toujours en attente de la guérison. Je ne peux reprendre le travail à l’hôpital. Je suis bloqué à la maison. Il y a toujours des occupations à la maison, le travail ne finit jamais, mais à la maison il y a le danger de dépasser l’effort physique limite supportable par celui qui a une névralgie, comme moi ; mais je fais avec.

De son côté Édouard, notre frère aîné, se porte plutôt bien après les soucis de santé des années précédentes. Il a repris la lecture quotidienne et peut réussir à avoir son équilibre d’avant. Il ne peut toujours pas venir à la chapelle, mais se « débrouille » comme il peut, dans la quiétude. Il revit après quelque temps d’épreuves.

Édouard, notre frère aîné

Nous avons de plus en plus de bonnes relations avec nos voisins. À la fête de Noël, nous avons reçu beaucoup d’enfants et même certains de leurs parents dans la soirée, et parmi eux plus de musulmans que de chrétiens. Notre puits continue à produire autant d’eau qu’au début. Et chacun se ravitaille comme il peut aux heures réglementaires. Le service public de l’eau a abandonné le quartier depuis au moins ¼ de siècle.

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Absolument rien d’extraordinaire

Le 27 juillet dernier, à la fraternité de Brossasco dans le Nord de l’Italie, Carlo s’est engagé définitivement dans la Fraternité, par les vœux perpétuels. À cette occasion, Luca, un ami prêtre, a écrit un article pour le journal diocésain : nous vous le partageons.

Dans les Constitutions des petits Frères de Jésus nous lisons : « À cause de Jésus et de l’Évangile, ils trouvent, dans l’imitation de la vie de Jésus à Nazareth, la forme propre de leur vie contemplative parmi les gens ». (Const. 1).

Hervé reçoit les vœux de Carlo

Samedi matin à 11 heures dans l’église de Brossasco, devant Hervé, prieur de la Communauté des Petits Frères de Jésus, l’évêque, sa famille et tant d’amis qui se sont serrés autour de lui, Carlo, petit frère de Jésus, a exprimé et remis sa volonté de continuer à vivre sa vie pour toujours suivant l’exemple de Jésus à Nazareth et selon la vie religieuse inaugurée par le bienheureux Charles de Foucauld.

Ceux qui étaient présents ont étés particulièrement touchés par la simplicité de l’évènement. Dans la célébration liturgique, il n’y a eu aucun cérémonial somptueux qui aurait pu faire transparaitre quelque chose de différent de la vie, la vie simple, celle des gens ordinaires, de laquelle tout prend racine et à laquelle tout doit être renvoyé. Pas d’habit différent de celui des gens, différence qui, de quelque manière, pourrait poser, même simplement, une petite distance par rapport à ces gens qu’on a choisis comme frères et sœurs et par lesquels on a été choisis, non pas comme pasteurs ou guides mais simplement comme frères et compagnons de route.

La fraternité, aspect central de la vie de la communauté des Petits Frères de Jésus, a été rendue visible même à travers le déroulement du rite de la Profession. Carlo, en effet, en répondant aux questions concernant son choix de vie contemplative au cœur de l’humanité par les vœux de pauvreté, chasteté et obéissance, se tenait débout devant le prieur, signe d’une autorité qui n’est pas supériorité, mais plutôt une coresponsabilité dans le discernement des signes que la présence du Seigneur dans l’histoire laisse entrevoir.

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Ceux qui étaient présents ont étés particulièrement touchés par la simplicité de l’évènement. Dans la célébration liturgique, il n’y a eu aucun cérémonial somptueux qui aurait pu faire transparaitre quelque chose de différent de la vie, la vie simple, celle des gens ordinaires, de laquelle tout prend racine et à laquelle tout doit être renvoyé. Pas d’habit différent de celui des gens, différence qui, de quelque manière, pourrait poser, même simplement, une petite distance par rapport à ces gens qu’on a choisis comme frères et sœurs et par lesquels on a été choisis, non pas comme pasteurs ou guides mais simplement comme frères et compagnons de route.

La fraternité, aspect central de la vie de la communauté des Petits Frères de Jésus, a été rendue visible même à travers le déroulement du rite de la Profession. Carlo, en effet, en répondant aux questions concernant son choix de vie contemplative au cœur de l’humanité par les vœux de pauvreté, chasteté et obéissance, se tenait débout devant le prieur, signe d’une autorité qui n’est pas supériorité, mais plutôt une coresponsabilité dans le discernement des signes que la présence du Seigneur dans l’histoire laisse entrevoir.

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« C’est un feu que je suis venu apporter sur la terre ! »

Revenant sur ses lectures et son expérience de vie partagée avec ses voisins, Taher, de la fraternité de Tamanrasset, en Algérie, nous livre quelques réflexions sur les “mouvements” qui ont lieu dans différentes parties du monde : utopique de croire qu’on peut lutter contre la corruption, le mensonge et les inégalités ?

Je viens de terminer le dernier livre d’Amin Maalouf intitulé “Le naufrage des civilisations”. Je crois que son idée centrale est que l’année 1979 et celles qui l’ont suivie ont été marquées un peu partout dans le monde par des “révolutions conservatrices” qui ont mis les riches au pouvoir au détriment des plus démunis, et qui ont exacerbé les “identités meurtrières” au détriment de la Fraternité humaine. Il laisse peu d’espoir à la civilisation ou simplement à l’homme.

Au même moment, j’ai fait un petit voyage qui vaut la peine d’être brièvement raconté. J’ai été invité au mariage de deux jeunes femmes touarègues dans le hameau de Tin-Tarabine. Les deux mariés étaient du village de Tazrouk (où j’ai vécu de longues années). Je faisais partie du cortège d’un des mariés. En fait de cortège, chaque voiture partait au moment qui lui plaisait, pourvu que l’on se retrouve tous à un certain point du désert pour le repas du soir préparé par l’équipe de service. Cela prenait entre 4 et 6 heures de mauvaise piste pour les 25 voitures 4×4 de notre cortège (il y en avait autant dans le cortège de l’autre marié…). Chaque propriétaire de voiture offrait gratuitement son véhicule pour l’occasion, de même que chacun participait selon ses possibilités. (Une grande dame touareg avait offert un chameau qui était du voyage) Au total il y avait donc quelques centaines de personnes (autant d’hommes que de femmes). Il y avait de toutes les catégories ethniques depuis les Touaregs nobles jusqu’aux anciens esclaves, des noirs et des blancs, et le chrétien que j’étais, mais ayant tous la même langue touarègue. Après une soirée festive et une nuit sous les étoiles, et tandis que nous sirotions un bon thé sous les rayons du soleil levant, le responsable du voyage – qui est un ancien esclave illettré vivant de sa maigre retraite et dont le fils (le marié) vend des cigarettes sur le trottoir – ce gars donc dit publiquement quelques mots : « Dans ce genre d’expédition, il y a deux sortes de gens que je n’aime pas beaucoup : ceux qui tiennent leur chapelet car ils ne sont pas attentifs aux consignes de marche, et ceux qui font l’appel à la prière car on est fatigué et on a besoin de dormir. » Je donnais un coup de coude à mon voisin de droite car c’est lui qui avait réveillé tout le monde à 5h30 du matin, mais il n’y eut aucune protestation.

Tout le monde s’est ensuite mis en grande tenue pour faire l’entrée dans le hameau en fête. Je ne m’étendrai pas sur le mariage lui-même qui nous a occupés jusqu’au lendemain matin. Puis ce fut le retour, cette fois avec les deux jeunes mariées et leurs accompagnatrices. La piste empruntée à l’allée avait semblé trop mauvaise aux chauffeurs qui ont préféré en prendre une autre (160 km au lieu de 100). Cela nous pris 24h.

Quant à moi je me suis un peu désolidarisé du groupe car vers midi nous sommes passés près d’un campement où un homme de Tazrouk, marié depuis peu à une jeune femme du lieu, m’a invité à rester chez eux jusqu’au lendemain. Ce furent des moments inoubliables autour du vieux Khama et du feu de braises où mijotait le thé. Khama est aveugle depuis une dizaine d’années et il a besoin de paroles claires pour savoir ce qui se passe autour de lui. Cela n’est pas conforme à la culture touarègue qui aime dire les choses de manière voilée (comme les hommes qui se voilent le visage). Ainsi lorsqu’un homme est apparu sortant de nulle part il lui a dit:

« -D’où viens-tu ?

– De pas loin…

– Je te demande d’où tu viens ! »

Dire les choses de manière voilée…

Il y eu aussi tout un échange sur la place de la femme car elles savent tout et gèrent tout, puisqu’elles gardent les chèvres et vont chercher l’eau au puits mais elles sont trop discrètes sur ce qu’elles ont vu.

Les femmes savent tout et gèrent tout

Je vois encore notre vieux Khama avec derrière lui le gros massif granitique du Serkout, devant lui le magnifique désert parsemé d’acacias, dont il ne voyait rien, nous dire de manière impromptue : « Oui je suis heureux ».

Tout ce que j’ai vu et entendu en ces jours contredit en bien des points le livre d’Amin Maalouf. Pourtant tout cela est bien utopique car cette civilisation touarègue est bel et bien en train de faire naufrage ; en effet (et pour ne citer qu’un exemple) les enfants sont à l’école au village et les jeunes à l’université. Ils sont heureux de revenir en vacances dans ces lieux mais ils ne savent plus reconnaître la trace du chameau de leur père ni les bons pâturages pour les chèvres. Alors pourquoi m’intéresser à eux ?

Ce mot d’utopie me fait penser à ce qui se passe un peu partout sur notre terre, depuis environ un an : tous ces “mouvements” qui, en Algérie, au Liban, à Hong Kong, en France, au Chili et sans doute dans bien d’autres pays, sans oublier tous ces jeunes qui se lèvent pour sauver notre planète, et tous ceux qui à leurs risques et périls défendent les migrants. Tous veulent combattre les “systèmes” issus des “révolutions conservatrices”, lutter contre la corruption, le mensonge, les inégalités (sans que la religion – étrangement – ne montre son nez). Tout cela me fait penser à un livre de Yvan Illich dont je n’ai retenu que le titre : “L’utopie ou la mort”. Oui c’est cela : l’utopie ou la mort de notre monde. C’est comme le combat du petit David avec sa fronde contre l’énorme Goliath surarmé ; ou bien simplement l’enfant né dans une crèche dont il est dit : « Aujourd’hui vous est né le sauveur du monde ». Mais alors tout cela concerne-t-il la marche de notre monde ou l’approche du Royaume ? ou les deux à la fois ? Faut-il donc la foi pour comprendre ce qui se passe ? « Et le temps où nous sommes comment ne le comprenez-vous pas ? » (Luc 12 56). L’Église n’a-t-elle pas en tout cela une énorme responsabilité ? et chacun de nous à la petite place qui est la nôtre – serait-elle la “meilleure place” choisie par Marie ?

« C’est un feu que je suis venu apporter sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! C’est un baptême que j’ai à recevoir et comme cela me pèse jusqu’à ce qu’il soit accompli ! » (Luc 12 49-50).

En se préparant pour le noviciat

Melvis et Yeison

À Cochabamba, en Bolivie, un noviciat a commencé fin janvier 2020. Yeison et Melvis, les deux novices nous ont partagé quelque chose de ce qui les habitait pendant le noviciat.

De Yeison

« Cette vie dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi« . Cette phrase de la lettre aux Galates (2, 20)  m’encourage à vivre cette expérience de postulat, et je voulais la partager avec tous mes frères et leur raconter ainsi mon cheminement dans la Fraternité.

Je vais commencer par la force motrice de ma vocation : la prière. J’ai besoin, dans mon expérience personnelle du temps de silence, d’être avec Jésus dans le « SILENCE » où je fais l’expérience de cette parole très fondamentale qui donne tout son sens dans mon don de moi-même au nom de Dieu. Cette parole qui me dit : « Je t’aime, je t’aime, je te choisis et je t’appelle par ton nom », qui fonde ma vie dans cette étape de formation et nourrit ma foi dans le Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi, ce dont Paul me parle dans sa lettre aux Galates. Cette vie contemplative avec les yeux fixés sur la réalité, vivifie et tonifie ma vie et me permet de reconnaître le visage miséricordieux de Dieu et de percevoir qu’en tout il y a quelque chose de Dieu, dans le travail, la vie communautaire, avec les gens du voisinage, où, au coude à coude, malgré la différence, nous nous unissons dans la même direction vers le Père de tendresse.

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« Par fidélité aux frères et au peuple algérien »

Christian avec un ami

À Tamanrasset depuis 3 ans, Christian qui aime son beau métier d’infirmier nous raconte ses mésaventures et sa foi intacte dans l’appel à demeurer présent dans les lieux de fracture.

Chers frères,

Ce petit mot de ma fraternité de Tamanrasset pour vous informer de quelques changements de situation. De retour en Afrique du Nord depuis presque trois ans après huit ans à Paris et deux ans à Berdine, j’ai intégré la fraternité de Tamanrasset en juillet 2017, rejoignant Jean-Marie et Taher déjà anciens ici.

J’ai passé la première année en services domestiques en attendant une activité plus sur l’extérieur.

Depuis novembre 2018, j’ai fait des remplacements assez réguliers comme infirmier chez un médecin. Une façon de m’occuper utilement dans mon domaine, en même temps que de m’ouvrir sur l’extérieur. J’ai beaucoup apprécié ce retour au monde soignant et ce contact d’accueil et de soins, avec des patients. Modestement rétribué, j’espérais néanmoins durer autant que possible par goût des soins aux malades.

Bien engagé dans cette nouvelle belle aventure, tout a hélas brutalement basculé le 23 avril dernier à l’occasion d’un contrôle sanitaire de prévention de l’épidémie où j’ai été repéré comme étranger et aussitôt convoqué au poste local et verbalisé pour délit d’infraction à la réglementation du travail. Une situation jusque là tolérée par complaisance quoique de manière provisoire et toujours précaire.

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Depuis novembre 2018, j’ai fait des remplacements assez réguliers comme infirmier chez un médecin. Une façon de m’occuper utilement dans mon domaine, en même temps que de m’ouvrir sur l’extérieur. J’ai beaucoup apprécié ce retour au monde soignant et ce contact d’accueil et de soins, avec des patients. Modestement rétribué, j’espérais néanmoins durer autant que possible par goût des soins aux malades.

Bien engagé dans cette nouvelle belle aventure, tout a hélas brutalement basculé le 23 avril dernier à l’occasion d’un contrôle sanitaire de prévention de l’épidémie où j’ai été repéré comme étranger et aussitôt convoqué au poste local et verbalisé pour délit d’infraction à la réglementation du travail. Une situation jusque là tolérée par complaisance quoique de manière provisoire et toujours précaire.

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« Bonne route à chacun, avec Jésus »

De Quinson, petit village du Sud de la France proche des gorges du Verdon, Patrice nous parle de la vie quotidienne de sa fraternité. Rien de plus banal, direz-vous. Et si ce banal était habité d’une Présence?

Quelles nouvelles vous donner de Quinson ?

J’ai eu la joie de rencontrer les frères de la région Afrique du Nord à Alger lors de leur rencontre régionale en mai 2019. Même s’ils font partie d’une autre région, d’une autre zone, nous sommes proches, unis par la Méditerranée déjà, et par leurs nombreux passages et échanges à Marseille en particulier.

L’Algérie, le peuple algérien, nous sont proches, par l’histoire, par le frère Charles et celles et ceux qui s’efforcent de marcher à sa suite, par le témoignage de cette Église de la Rencontre, dont les célébrations du 8 décembre 2018 (la béatification des 19 martyrs d’Algérie) à Oran nous ont montré la vitalité évangélique. Et puis, il y a toutes ces familles qui nous entourent au quotidien, rencontrées notamment à Vitrolles.

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