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Saint Charles de Foucauld

15 mai 2022

Avec neuf autres bienheureux, Charles de Foucauld a été proclamé saint, le 15 mai 2022.

Grande joie pour toute la famille spirituelle de Charles!

Voici le texte de l’homélie du pape François, magnifique présentation de la sainteté au quotidien offerte à tous!

Nous avons entendu ces paroles que Jésus confie à ses disciples, avant de passer de ce monde au Père, des paroles qui nous disent ce que signifie être chrétiens : « Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres » » (Jn 13, 34). C’est le testament que le Christ nous a laissé, le critère fondamental pour discerner si nous sommes vraiment ses disciples ou non : le commandement de l’amour. Arrêtons-nous sur les deux éléments essentiels de ce commandement : l’amour de Jésus pour nous – comme je vous ai aimés – et l’amour qu’il nous demande de vivre – aimez-vous les uns les autres.

Tout d’abord, comme je vous ai aimés. Comment Jésus nous a-t-il aimés ? Jusqu’au bout, jusqu’au don total de lui-même. Il est frappant de constater qu’il prononce ces paroles par une nuit sombre, alors que l’atmosphère du Cénacle est pleine d’émotion et d’inquiétude : émotion parce que le Maître est sur le point de dire adieu à ses disciples, inquiétude parce qu’il annonce que l’un d’entre eux va le trahir. Nous pouvons imaginer quelle douleur Jésus portait dans son âme, quelles ténèbres s’amoncelaient dans le cœur des apôtres, et quelle amertume en voyant Judas quitter la pièce pour entrer dans la nuit de la trahison, après avoir reçu la bouchée trempée pour lui par le Maître. Et c’est précisément à l’heure même de la trahison que Jésus confirme son amour pour les siens. Car, dans l’obscurité et les tempêtes de la vie, c’est cela l’essentiel : Dieu nous aime.

Cette annonce, frères, sœurs, doit être au centre de la profession et des expressions de notre foi : « Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés » (1Jn 4, 10). N’oublions jamais cela. Au centre, il n’y a pas notre capacité, nos mérites, mais l’amour inconditionnel et gratuit de Dieu, que nous n’avons pas mérité. Au début de notre être chrétien, il n’y a pas de doctrines ni d’œuvres, mais l’émerveillement de nous découvrir aimés, avant toute réponse de notre part. Alors que le monde veut souvent nous convaincre que nous n’avons de valeur que dans la mesure où nous produisons des résultats, l’Évangile nous rappelle la vérité de la vie : nous sommes aimés. Et c’est notre valeur : nous sommes aimés. Un maître spirituel de notre époque a écrit : « Avant même qu’un être humain puisse nous voir, nous étions vus par les yeux aimants de Dieu. Avant même que quelqu’un nous entende pleurer ou rire, nous étions entendus par notre Dieu qui est toute écoute pour nous. Avant même que quelqu’un en ce monde nous parle, la voix de l’amour éternel nous parlait déjà » (H. Nouwen, Sentirsi amati, Brescia 1997, p. 50). Il nous a aimés le premier, il nous a attendus. Il nous aime, il continue de nous aimer. Et c’est notre identité : aimés de Dieu. C’est notre force : aimés de Dieu.

Cette vérité nous demande de nous convertir sur l’idée que nous nous faisons souvent de la sainteté. Parfois, en insistant trop sur les efforts pour accomplir de bonnes œuvres, nous avons généré un idéal de sainteté trop fondé sur nous-mêmes, sur l’héroïsme personnel, sur la capacité de renonciation, sur le sacrifice de soi pour gagner une récompense. C’est une vision parfois trop pélagienne de la vie, de la sainteté. Nous avons ainsi fait de la sainteté un objectif inaccessible, nous l’avons séparée de la vie quotidienne au lieu de la rechercher et de l’embrasser dans le quotidien, dans la poussière de la rue, dans les efforts de la vie concrète et, comme le disait Thérèse d’Avila à ses sœurs, « parmi les casseroles de la cuisine ».  Être disciples de Jésus et marcher sur le chemin de la sainteté, c’est avant tout se laisser transfigurer par la puissance de l’amour de Dieu. N’oublions pas la primauté de Dieu sur le moi, de l’Esprit sur la chair, de la grâce sur les œuvres. Parfois on donne plus de poids, plus d’importance au moi, à la chair et aux œuvres. Non : le primat de Dieu sur le moi, le primat de l’Esprit sur la chair, le primat de la grâce sur les œuvres.

L’amour que nous recevons du Seigneur est la force qui transforme notre vie : il dilate notre cœur et nous prédispose à aimer. C’est pourquoi Jésus dit – et c’est le deuxième aspect – « comme je vous ai aimés, vous devez aussi vous aimer les uns les autres« . Ce comme n’est pas seulement une invitation à imiter l’amour de Jésus ; il signifie que nous ne pouvons aimer que parce qu’il nous a aimés, parce qu’il donne son Esprit à nos cœurs, l’Esprit de sainteté, l’amour qui nous guérit et nous transforme. C’est pourquoi nous pouvons faire des choix et accomplir des gestes d’amour dans chaque situation et avec chaque frère et sœur que nous rencontrons, parce que nous sommes aimés et que nous avons la force d’aimer. De même que je suis aimé, je peux aimer. Toujours, l’amour que je réalise est uni à celui de Jésus pour moi : “comme ceci”. Tout comme il m’a aimé, ainsi je peux aimer. La vie chrétienne est si simple, elle est si simple ! Nous la rendons plus compliquée, avec tant de choses, mais elle est si simple.

Et, concrètement, qu’est-ce que cela signifie de vivre cet amour ? Avant de nous laisser ce commandement, Jésus a lavé les pieds à ses disciples ; après l’avoir annoncé, il s’est livré sur le bois de la croix. Aimer signifie ceci : servir et donner sa vieServir, c’est-à-dire ne pas faire passer ses propres intérêts en premier ; se désintoxiquer des poisons de la cupidité et de la concurrence ; combattre le cancer de l’indifférence et le ver de l’autoréférentialité ; partager les charismes et les dons que Dieu nous a donnés. Se demander concrètement : « qu’est-ce que je fais pour les autres ? » C’est aimer, et vivre le quotidien dans un esprit de service, avec amour et sans clameur, sans rien revendiquer.

Et puis donner sa vie, ce qui ne se réduit pas à offrir quelque chose, comme une partie de ses biens, aux autres, mais se donner soi-même. J’aime demander aux gens qui me demandent des conseils : “Dis-moi, tu fais l’aumône ?” – “Oui, Père, je fais l’aumône aux pauvres” – “Et quand tu fais l’aumône, est-ce que tu touches la main de la personne, ou jettes-tu l’aumône et tu le fais ainsi pour te nettoyer ?”. Et ils rougissent : “Non, je ne touche pas”. “Lorsque tu fais l’aumône, regardes-tu la personne que tu aides dans les yeux ou regardes-tu ailleurs ?” – “Je ne regarde pas”. Toucher et regarder, toucher et regarder la chair du Christ qui souffre dans nos frères et sœurs. C’est très important. C’est cela, donner la vie. La sainteté n’est pas faite de quelques gestes héroïques, mais de beaucoup d’amour quotidien. « Es-tu une consacrée ou un consacré ? – ils sont nombreux, aujourd’hui, ici – Sois saint en vivant avec joie ton engagement. Es-tu marié ou mariée ? Sois saint et sainte en aimant et en prenant soin de ton époux ou de ton épouse, comme le Christ l’a fait avec l’Église. Es-tu un travailleur ou une femme qui travaille ? Sois saint en accomplissant honnêtement et avec compétence ton travail au service de tes frères, et en luttant pour la justice de tes compagnons, pour qu’ils ne restent pas au chômage, pour qu’ils aient toujours le juste salaire. Es-tu père, mère, grand-père ou grand-mère ? Sois saint en enseignant avec patience aux enfants à suivre Jésus. Dis-moi, as-tu de l’autorité ? – et ici il y a tant de gens qui ont de l’autorité – Je vous demande : as-tu de l’autorité ? Sois saint en luttant pour le bien commun et en renonçant à tes intérêts personnels » (cf. Exhortation apostolique Gaudete et Exsultate, n. 14). C’est le chemin de la sainteté, si simple ! Regarder toujours Jésus dans les autres.

Servir l’Évangile et les frères, offrir sa vie sans retour – c’est le secret : offrir sans retour –, sans chercher la gloire mondaine : nous sommes, nous aussi, appelés à cela. Nos compagnons de route, canonisés aujourd’hui, ont vécu la sainteté de cette manière : en embrassant leur vocation avec enthousiasme – comme prêtres, certains, comme personnes consacrées, d’autres, comme laïcs – ils se sont dépensés pour l’Évangile, ils ont découvert une joie sans comparaison et ils sont devenus des reflets lumineux du Seigneur dans l’histoire. C’est un saint ou une sainte : un reflet lumineux du Seigneur dans l’histoire. Faisons-le aussi : le chemin de la sainteté n’est pas fermé, il est universel, c’est un appel pour nous tous, il commence par le Baptême, il n’est pas fermé. Faisons-le aussi, parce que chacun de nous est appelé à la sainteté, à une sainteté unique et non reproductible. La sainteté est toujours originale, comme le disait le bienheureux Carlo Acutis : la photocopie de la sainteté n’existe pas, la sainteté est originale, elle est la mienne, la tienne, celle de chacun de nous. Elle est unique et non reproductible. Oui, le Seigneur a un plan d’amour pour chacun de nous, il a un rêve pour ta vie, pour ma vie, pour la vie de chacun de nous. Que voulez-vous que je vous dise ? Et faites-le avancer avec joie. Merci.

« Je suis un peu plus disponible… »

Robert vit à Marseille, à La Busserine, un des quartiers Nord de la ville. Il nous raconte simplement ses occupations quotidiennes maintenant que des problèmes de santé l’ont obligé à arrêter le travail.

La dernière fois que j’ai écrit, j’ai parlé essentiellement de mon voyage en Terre Sainte. Je n’ai pratiquement rien dit sur notre vie, surtout celle que nous vivons à la Busserine.

Jean-Michel participe activement à pas mal de choses dans le quartier. Et au niveau de la paroisse également. Il aimerait faire plus, mais le temps lui fait défaut à cause de ses responsabilités à la fraternité. Depuis qu’il est Régional, il est souvent en visite des frères, en réunion du Conseil de région, rencontre des Régionaux d’Europe ou de la zone Europe.

Dans le Secteur, comme je suis un peu plus disponible, je suis souvent sollicité pour épauler et assurer un peu d’aide pour remplacer un frère en déplacement pour un voyage ou pour faire une retraite. Cette même situation m’a permis de passer une semaine à Nyons quand Roger devait s’absenter. Là, je n’ai pas fait grand chose puisqu’il y a des aides à domicile qui viennent pour faire le ménage et la cuisine plusieurs fois par semaine. Sans compter le passage des infirmières et aides-soignantes. Trois frères ont droit à ce service.

Avant de partir, Roger m’a amené au moulin à huile d’olives. J’ai dormi chez Michel, ce qui était l’occasion de pouvoir partager et mieux nous connaître. Il m’a promené et fait visiter des lieux. Ce séjour m’a permis de faire plus ample connaissance des frères. Et ma présence les a rassurés en l’absence de Roger. Ils n’ont pas arrêté de me remercier.

J’ai longtemps résisté à prendre des engagements sur la paroisse. Encouragé par Jean-Michel, les amis, les curés et l’organiste, j’ai fini par accepter de faire partie de l’équipe d’animation de chants à la messe. Chose que je n’ai jamais faite avant.

Rencontre de jeunes du quartier

Bien des frères m’ont demandé ce que je fais toute la journée depuis que je ne travaille plus. Eh bien, quand je travaillais, même avant d’entrer à la fraternité, pendant longtemps je me levais à 5h30 du matin. À l’île Maurice, je commençais le travail en semaine à 7h00 et je finissais à 16h00 et le samedi de 7h00 à midi  : 45 heures par semaine. On ne priait que le soir ensemble. Malgré le temps limité, j’allais régulièrement faire une retraite mensuelle, à raison d’un weekend un peu raccourci. Je partais directement du travail le samedi pour rentrer à la fraternité le dimanche soir. Heureusement qu’il y avait la mobylette ou la moto. Sinon cela aurait été très difficile.

Depuis que j’ai arrêté le travail, j’ai beaucoup plus de temps libre pour prier, lire et faire la méditation. Et cette dernière, une fois par semaine, avec le groupe de “méditants chrétiens”. J’essaie d’aller à la messe le plus souvent chez les Frères de St Jean de Dieu. Sans compter le temps pour les courses, la cuisine, le ménage et la visite des frères même si ce n’est pas très souvent. Quand il fait beau, je sors de temps en temps pour faire de la marche à pied. J’ai pu récupérer le vélo d’appartement d’un frère qui est décédé. Je n’ai pas commencé à pédaler régulièrement, puisque j’ai eu moi-même une opération en février.

Quand Jean-Michel n’est pas là, les frères de la rue des Orgues m’invitent souvent à manger avec eux le midi. Bruno vient chez nous de temps en temps pour dire la messe et manger avec nous le midi. Nous pouvons dire que maintenant nous habitons la rue Jacques Marty1. La nouvelle rue à son nom a été inaugurée officiellement le 12 avril 20191. Fraternellement.

Robert

1Jacques Marty, un de nos frères, a vécu très longtemps à la fraternité de la Busserine, à Marseille. Il était très engagé avec d’autres personnes dans la vie associative du quartier et dans l’association des locataires. Avec ces personnes, il était une référence dans le quartier. Un collectif d’associations a demandé à la mairie de donner à trois rues du quartier les noms de ces “militants du vivre ensemble”. Il y a donc maintenant une rue Jacques Marty.

La vie quotidienne dans un pays en crise

Le Cameroun traverse une grave crise marquée par beaucoup de violences, de morts et de destructions dans la zone anglophone. Foumban, au pays Bamoun, où la fraternité existe depuis 50 ans, n’est pas directement dans la région du conflit, mais on y touche du doigt les conséquences de ces troubles. Éric témoigne :

Chers tous,

La vie à Foumban, notre Nazareth, continue avec la grâce de Dieu. Nous avons célébré avec joie, il y a de cela 4 mois, la fête du Ngouon, festival culturel du Peuple Bamoun, nos frères. Cette fête a drainé pas mal de monde à Foumban.

Éric à son travail d’infirmier

La vie à Foumban devient de plus en plus difficile à cause de l’insécurité. Il ne se passe un jour qu’on ne parle des vols et d’agressions. À cause du problème de la zone anglophone du Cameroun, la ville est bondée des réfugiés qui crient au secours. Parmi ses réfugiés, faute de moyens pour vivre, beaucoup se livrent à des activités irresponsables. Les jeunes filles se livrent à la prostitution et les garçons se débrouillent comme ils peuvent. Nous sommes impuissants face à cette situation qui ne nous laisse pas indifférents. Nous prions sans cesse : Dieu seul saura quoi faire.

Nous avons pitié de ces pauvres créatures qui souffrent à cause d’un gouvernement qui ne parvient pas malgré les appels incessants de la communauté nationale et internationale à mettre sur pied un dialogue inclusif pour résoudre définitivement un problème qui a commencé par la grève des enseignants et des avocats qui réclamaient de meilleures conditions de vie. Le Cameroun, l’Afrique en miniature, devient au quotidien un “no-mans land” où la dictature, l’autoritarisme, le favoritisme, le népotisme, la répression s’érigent en mode de gouvernance. Nous ne comprenons plus rien. Pourtant la majorité de nos gouvernants sont des anciens séminaristes, des chrétiens. C’est regrettable. Prions pour le Cameroun.

La vie à Njindare, le quartier de la fraternité, est appréciable malgré les difficultés de la vie quotidienne. Ces derniers temps, il y a eu beaucoup de morts parmi lesquelles la sœur jumelle de Na Ti, la deuxième épouse de feu Papa Oumarou, notre voisin. Le puits de la Fraternité est le lieu de rencontre des habitants non seulement pour puiser de l’eau mais aussi pour se donner des nouvelles.

À la maison

En fraternité, nous construisons notre vie fraternelle malgré les différences. On espère que Dieu nous aidera. Union de prière.

Ciao  !!!

Éric

« L’accueil réciproque est toujours “sauveur”… »

Après avoir vécu de nombreuses années au Liban, en Syrie et en Égypte, Domenico est maintenant à la fraternité de Turin. À l’occasion de visites d’amis, il nous livre quelques réflexions sur la rencontre.

Bien chers frères,

Aujourd’hui, dernier jour du mois de mai, c’est la fête de la Visitation de la Vierge, une fête particulièrement signifiante pour la Fraternité. Comme le disent nos Constitutions  : « Lors de la fête de la Visitation de Marie, ils célèbrent à la suite du frère Charles l’action rédemptrice de Jésus se réalisant à l’occasion de gestes simples d’une charité profondément humaine. » Merci à Franco qui à la prière de vêpres hier soir, nous a lu ce passage.

Aujourd’hui, dernier jour du mois de mai, c’est la fête de la Visitation de la Vierge, une fête particulièrement signifiante pour la Fraternité. Comme le disent nos Constitutions  : « Lors de la fête de la Visitation de Marie, ils célèbrent à la suite du frère Charles l’action rédemptrice de Jésus se réalisant à l’occasion de gestes simples d’une charité profondément humaine. » Merci à Franco qui à la prière de vêpres hier soir, nous a lu ce passage.

la visitation, dessin de Ch. de Foucauld

Cela m’a fait reprendre conscience du profit que j’aurais à relire, de temps en temps, ces textes qui nous ont profondément touchés au début de notre choix de la Fraternité et qui expriment toujours l’essentiel de ce que nous continuons à vouloir vivre.

En fait, ce que j’ai vécu avec joie pendant ce mois de mai, mais déjà à partir de Pâques, ce sont les quelques visites que nous avons reçues à Turin.

Nous avons eu pour quelques jours la visite de la famille de Giovanni, des personnes sympathiques, simples et spontanées.

Puis, le jour de Pâques, est arrivé Simon, un libanais, ancien novice, avec sa femme Nathalie, Anne, la petite fille d’origine éthiopienne qu’ils ont adoptée, et Axel, un jeune enfant, neveu de Nathalie, qui vit une situation familiale difficile.

Enfin, vers la mi-mai nous avons passé quelques jours avec Jacques Mourad venu au Salon du Livre, pour la présentation de la traduction italienne de son livre « Un moine en otage ».

Jacques Mourad

Enfin, vers la mi-mai nous avons passé quelques jours avec Jacques Mourad venu au Salon du Livre, pour la présentation de la traduction italienne de son livre « Un moine en otage ».

À part ma famille et, quelquefois, des frères de la Région, depuis que je suis à Turin, je fais peu de visites. Mais je suis toujours heureux quand je fais ou reçois des visites, et encore plus s’il s’agit de vieux amis comme Simon et Jacques. Avec Simon, j’ai vécu, plus ou moins, une année à Taalabaya, au Liban, lors de son postulat. Je connais bien sa famille aussi  : ils étaient des voisins des frères de Beyrouth. Sa visite a donc été l’occasion de faire mémoire de beaucoup de gens que j’ai connu au Liban. Nous avons aussi échangé un peu sur sa vie et son travail avec les personnes handicapés dans la banlieue de Paris.

Avec les années qui passent, je comprends toujours plus combien dans la relation et l’accueil, écouter et se sentir écouté est fondamental et apaisant.

Avec Jacques Mourad, ce sont les nouvelles du monastère de Mar Moussa que nous avons échangées, et des gens que j’y ai connu pendant les 7 ans vécus à l’ermitage. Il m’a donné des nouvelles aussi de sa famille et d’Alep dont il est originaire. Évidemment on a aussi parlé de son temps de captivité par « l’état islamique », un temps de grâce, comme il aime le dire, qui l’a profondément marqué. J’ai retrouvé Jacques transformé et muri et très paisible  : c’est un homme “unifié”. Je me suis souvenu d’une invocation qu’il répétait souvent dans la prière à Mar Moussa, le v. 11 du Psaume 86 : « Unifie mon cœur et je craindrai ton nom ».

Le monastère de Mar Moussa, avec à gauche, Paolo Dall’Oglio, fondateur du monastère et lui-même enlevé par l’état islamique en 2013

Dans chaque rencontre ou visite, notre affectivité vit et s’épanouit en nous et en celui que nous rencontrons. En fait, l’accueil réciproque, dans la mesure où il est vrai et gratuit, est aussi toujours « sauveur », parce que, mystérieusement, il est accueil de Dieu présent en chacun. Surement en donnant notre amour, notre attention et notre intérêt, bien au-delà de tout éventuel don de « choses », nous nous « sauvons » et nous « sauvons » les autres.

Dans un bidonville du Kenya

Édouard vit à Kangemi, un des bidonvilles de la banlieue de Nairobi au Kenya. C’est une fraternité des Petits frères de l’Évangile, installée depuis longtemps dans ce quartier. Édouard nous en donne un petit aperçu :

J’avais écrit il n’y a pas longtemps, mais je voudrais ajouter ce que je vis ici, à Kangemi. Beaucoup d’entre vous nous ont rendu visite et partagé notre vie, d’une façon ou d’une autre. Je suis personnellement heureux de ce que j’ai vécu ces 4 années à la fraternité de Kangemi, étant conscient de nos différences : différence comme congrégations, Petits frères de Jésus et Petits frères de l’Évangile, différences d’âge, de culture, et différence de passé vécu dans la Fraternité. Toutes ces différences m’ont marqué d’une façon ou d’une autre et j’ai cherché à vivre une vie fraternelle valable sans faire du mal à mon frère. Si cela a pu arriver inconsciemment, j’en demande pardon.

D’abord, quand je suis venu à Nairobi, mon souci était le travail, car vous savez que ce n’est pas facile de trouver un travail, surtout que je n’ai pas de qualification… C’est vrai que j’étais enseignant, il y a 30 ans, avant d’entrer à la Fraternité, mais être un enseignement à Nairobi de nos jours, ça ne marche pas. J’essaie de donner de mon mieux aux enfants, d’explorer le curriculum des écoles primaires et de faire le lien entre les programmes des media que j’utilise et le programme scolaire. Cela m’a pris du temps, mais peu à peu, j’essaie de gagner mon pain ‘à la sueur de mon front’, en petit frère. J’essaie aussi de partager la vie quotidienne des gens au milieu de qui je vis, surtout à Kangemi.

Donner le meilleur à ces enfants

En second lieu, selon ces circonstances, travaillant du lundi au vendredi, je n’ai que samedi et dimanche pour moi. Autrement, je peux être déprimé avec le style de vie de Nairobi. On est toujours à courir d’une activité à une autre. D’une certaine manière, Nairobi m’a aidé à me rendre compte de mes limites ; je n’aime pas l’improvisation.

Troisièmement, ce n’est pas facile de gagner ma vie, mais mon histoire est ainsi. J’essaie de survivre, comme les autres enseignants dans les bidonvilles. Je crois que ce n’est pas mal d’être solidaire avec eux. L’intention principale est de travailler proche de ces enseignants en aidant les enfants de milieux divers dans lesquels certains d’entre eux reçoivent différentes blessures dues à la corruption dans notre société. Quelquefois, je n’hésite pas à partager ou demander conseil à Alain, un des frères qui a vécu ici bien des années avant moi, et je l’en remercie. Le peu que je gagne chaque mois s’ajoute aux autres revenus de la fraternité de manière à avoir au jour le jour l’ugali (une espèce de couscous) et le sukumawiki (des légumes).

Autre point : le partage de vie est assez large, mais, pour moi, je suis content de la venue de Gil et Climent, deux jeunes frères, pour étudier à Nairobi. C’est bien aussi de partager avec eux, malgré mes limites. J’apprends beaucoup d’eux, et j’admire leur courage envers leurs études et comment ils essaient de surmonter les défis qu’ils doivent affronter (la distance pour aller au collège et parfois les caprices de la météo). J’apprécie la manière avec laquelle nous partageons nos tâches hebdomadaires et notre communication à travers les différents moyens de communication pour que notre vie ait un sens, pour nous et pour l’Église.

Ensemble

J’aime aussi prendre part au partage d’Évangile tous les mercredis avec des laïcs de notre voisinage. Être davantage proche des plus désavantagés de notre société et surtout découvrir ensemble avec les petits combien Jésus est proche de nous dans notre vie quotidienne car il est notre bienaimé qui a passé par toutes ces souffrances mais n’a pas péché. Ce n’est pas comme ceux qui tombent dans la corruption sous le prétexte qu’ils sont aussi trompés ou exploités et prennent leur revanche en trompant les autres.

C’est notre réalité dans beaucoup de parties d’Afrique, du moins là où j’ai travaillé jusqu’à présent. Jésus ne l’a pas fait. Il a accepté la souffrance jusqu’à la mort pour le salut de l’humanité. J’essaie de porter toutes ces situations dans ma prière, paisiblement, demandant à Dieu de partager sa paix là où cela manque à cause de notre fragilité humaine.

Et pour finir, je voudrais remercier tous les frères de l’Évangile de cette région d’Afrique de l’Est et la Fraternité Centrale pour ce que j’ai pu vivre avec eux depuis mon retour de mon année sabbatique en 2015.

Édouard

« Nous sommes tous des voyageurs. »

Quitter une fraternité qu’on a aimée ne se fait pas sans peine ; mais le cœur reste plein de reconnaissance pour tout ce nous ont apporté voisins et amis. Biên nous en parle, à l’occasion d’une visite au village où il a vécu comme jeune frère, au Vietnam.

À la fin de l’année 2018, j’ai eu l’occasion de revenir à Co-Do où il y a plus de 40 ans, Antoine Nghi et moi, nous sommes venus vivre pendant environ 20 ans, après les événements de 1975, quand les communistes se sont emparés du Sud-Vietnam. J’avais alors 26 ans. À cette époque, Co-Do était un petit village pauvre situé dans une région déserte du delta du Mékong. Il n’y avait ni eau ni électricité. Les maisons étaient dispersées et construites de façon rudimentaire. C’était essentiellement des paillotes. La population était composée de paysans vivant d’agriculture et de pêche. Le territoire était traversé par un enchevêtrement de rivières et de canaux. Les déplacements et les transports de marchandises se faisaient uniquement par barques. Co-Do était ainsi davantage isolé par rapport aux centres urbains aux alentours tels que Can-Tho… C’est pourquoi on l’appelait « la région profonde, la région lointaine ».

Déplacements et transports par barques

De retour cette fois-ci, j’ai du mal à reconnaître le Co-Do d’autrefois. Il y a trop de changements qui ont dépassé mon imagination. Aujourd’hui Co-Do est devenu une ville avec beaucoup de rues, de circulation, de quartiers commerciaux très animés, des immeubles qui ont poussé partout, des activités de toutes sortes, des services de technologie, de télécommunication, des services sociaux ; bref, Co-Do est devenu dynamique comme les grandes villes du Vietnam. J’ai été stupéfait devant ce spectacle.

Inévitablement mon cœur a été gagné par la nostalgie du Co-Do d’antan. Bien que la vie en ce temps-là fût pauvre – on manquait de tout – et pénible dans les champs, nous étions très heureux. Heureux, car tout le monde était pauvre, mais l’amour entre les êtres humains était profond, l’attachement entre voisins était réel : on était prêt à se partager chaque poignée de riz, chaque patate… ce qui illustrait bien la maxime vietnamienne : « Une bouchée de riz quand on a faim équivaut à un paquet de riz quand on est rassasié » ou ces autres maximes : « Les cousins lointains ne valent pas les voisins proches », « Dans le noir sans feu ni lumière, on est ensemble ».

Joie au partage du travail

J’étais heureux parce que je n’avais jamais senti les « Béatitudes » de façon aussi profonde qu’à cette époque. J’étais heureux parce que pour la première fois, au seuil de ma vie, j’avais vécu totalement la vocation d’un petit frère de Jésus. Heureux parce que j’avais pu apprendre et recevoir beaucoup des gens pauvres. Ils étaient nos maîtres : grâce à eux, j’avais pu reconnaître et aimer davantage le Christ. Je peux dire de façon certaine que « ces gens pauvres m’avaient apporté le Christ ». La vie à Co-Do, à cette époque, m’avait profondément marqué et je pense qu’elle fera route avec moi tout le reste de ma vie.

Je me souviens que pour des besoins d’accueil et de formation de nos jeunes frères et pour l’avenir de la fraternité au Vietnam, nous avons dû quitter Co-Do après y avoir passé environ 20 ans, pour aller nous installer à My-Tho, en 1993. C’était une décision très difficile pour nous. Les gens dans le hameau étaient très tristes de notre départ et beaucoup avaient pleuré. Ils n’avaient pas compris pourquoi nous devions les abandonner pour partir. Ils pensaient que peut-être nous n’avions pas assez de terres pour vivre et quelques familles avaient proposé même de partager avec nous leur bout de terre minuscule pour que nous puissions rester avec eux.

La vérité cruelle est qu’on ne peut pas faire revenir dans le présent quelque chose du passé. Tout cela représente maintenant le passé. Le Co-Do d’aujourd’hui n’est plus le Co-Do d’au17 trefois. Une page est tournée. Nous devions partir. C’est comme maintenant : j’ai dû quitter My-Tho après y avoir vécu pendant 20 ans, pour venir vivre avec nos deux frères aînés à Saigon…

Derrière Biên, l’autel du défunt: la petite table avec la photo d’Yves

Même la fraternité de Saigon, avec la présence d’Yves (Yeng) et de Pierre (Thach) depuis plus de 50 ans, a connu beaucoup de changements depuis 1966. Cette fraternité fera partie du passé quand les deux Frères auront disparu [ndr: Yves est décédé en 2020]. Peut-être quitterai-je alors cette fraternité pour commencer un nouveau voyage… Nous sommes tous des voyageurs, et toujours des voyageurs de cette vie.

Pour terminer, je partage avec vous un court passage du livre d’Éric-Emmanuel Schmitt “La nuit de feu“. Ce passage reflète bien mes réflexions ci-dessus :

« Ma conception du voyage avait changé : la destination importe moins que l’abandon. Partir, ce n’est pas chercher, c’est tout quitter, proches, voisins, habitudes, désirs, opinions, soi-même.

Partir n’a d’autre but que de se livrer à l’inconnu, à l’imprévu, à l’infinité des possibles, voire même à l’impossible. Partir consiste à perdre ses repères, la maitrise, l’illusion de savoir et à creuser en soi une disposition hospitalière qui permet à l’exceptionnel de surgir. Le véritable voyageur reste sans bagage et sans but. »

Biên

Quelque chose de candide, de serein, de joyeux, de libéré, un esprit d’enfant. Le véritable voyage reste sans bagage et sans but…

« Ça rend le monde plus supportable…

Yohanan avait 30 ans quand il est arrivé en Israël, il est décédé en 2020 à 94 ans après toute une vie dans un pays marqué par la violence. Marqué aussi par des démarches de paix dont on parle moins… Yohanan nous en avait parlé quelque temps avant sa mort, à travers plusieurs petites histoires.

Je tremble… mes deux derniers diaires : 2000 et 2009, puis silence.

Parlons de ma vie quotidienne. C’est un vieux qui vous parle. Dans quelques jours, j’aurai 93 ans. Mais au total, ça va assez bien. Les forces diminuent, mais la tête marche encore pas mal et les doigts aussi. Je continue à écrire sur mon ordinateur – ce que j’avais commencé à faire en février 1976 dans une maison d’édition, sur un des nouveaux ordinateurs arrivés d’Amérique. Mon travail était alors d’imprimer le livre que je venais de terminer, un dictionnaire hébreu-arabe palestinien. En effet, il est bon que je rappelle que c’est mon travail principal depuis 40 ans. Je vais le décrire en bref, pour ceux qui l’ignorent ou l’ont oublié.

Le Père Voillaume m’avait envoyé en 1965 dans un village arabe de Galilée avec Bernard, et nous avions vécu 2 ans la vie quotidienne avec les Arabes du village. Ayant déjà appris l’arabe libanais en 1946-47, et le syrien à Damas en 1949-50, j’avais déjà une bonne base. Lorsque nous avons fermé cette fraternité de Galilée, j’ai pensé que j’avais acquis un trésor d’arabe parlé et que je devais écrire des livres d’étude de ce dialecte palestinien, pour des amis français vivant à Nazareth ou ailleurs en milieu arabe. Puis un ami, prof d’arabe à l’université, m’avait poussé à faire cela en hébreu… Début d’une longue carrière et parution d’un cours d’arabe en 4 volumes, paru d’abord en hébreu, puis en anglais, puis en français. Puis des dictionnaires dont l’arabe-hébreu, etc… Mon éditeur m’a dit l’an dernier : « Sache qu’aujourd’hui 90% des gens qui apprennent l’arabe palestinien le font avec tes livres. » Eh bien, je n’avais pas prévu cela quand j’ai fait la première fois, à la machine à écrire sur stencils, 60 exemplaires du cours d’arabe pour mes amis français de Nazareth. Thierry se le rappelle sûrement, car c’est lui, alors imprimeur de nos diaires à Marseille, qui me l’avait polycopié. Bon, un mot sur mon éditeur actuel. Il y a 20 ans, mon premier éditeur m’avait dit : « Yohanan, je ne peux pas continuer, je fais faillite… » Occasion de vous dire : on ne s’enrichit pas en imprimant des cours d’arabe, mieux vaut faire des livres de cuisine ou des romans à scandale… Après un essai près d’un éditeur d’Oxford, sans succès, je suis revenu vers Israël et, par hasard, j’ai rencontré un jeune israélien qui ouvrait une maison d’édition, lui-même connaissant bien l’arabe (il l’enseigne depuis 20 ans, entre autres dans les hôpitaux). Ce fut l’éclair, l’amitié, et depuis il publie mes cours et dictionnaires, et d’autres choses, comme le Petit Prince en arabe palestinien avec texte enregistré sur disque. En gros, c’est ce qui m’occupe encore : en ce moment, c’est un dictionnaire arabe-hébreu, à compléter et corriger. Encore une histoire : il y a 20 ans, j’avais fait un dictionnaire de 5.000 mots (seulement) et je découvre à sa parution qu’il manque – entre autres – deux mots : la foi et le sel ! Et je me dis : « Yohanan, comment peux-tu vivre sans foi et sans sel ?! » Dans celui que je fais actuellement, il y aura la foi et le sel !…

Rencontre avec des professeurs d’arabe qui travaillent avec les livres de Yohanan

Pour ce qui est de ma vie de prière, cela va bien, je sais ma petitesse, mais aussi l’amour du Père qui est lui-même l’Amour (selon Jean dans une épître). Et j’ai aussi une histoire pas banale que j’ai envie de vous raconter : il y a fort longtemps, j’ai travaillé en kibboutz, et on m’a demandé de faire en public un petit récit sur ce que nous sommes, nous, les petits frères. Le kibboutz étant alors marxiste, je me suis dit : « Je ne parlerai pas de religion, de choses spirituelles, etc… » Donc, ce vendredi soir après le souper, tous rassemblés (avec les enfants), je décris en bref notre vie : « On se lève, on prie, on va au travail, on revient l’après-midi, on visite les voisins, les amis, on aide ici ou là, on dîne, on prie, on va se coucher. » Une jeune fille de 18 ans, bien marxiste, me dit à la sortie : « Dommage que tu n’aies pas parlé de l’idéologie qui est derrière. » Les années passent, mais je suis retourné chaque année passer un week-end chez mes amis du kibboutz. Une fois, je vois de magnifiques tableaux d’émail sur cuivre sur les murs des maisons. Je demande : « Qui fait cela? »  ; on me dit : « C’est Gaia, notre artiste. » Je vais la voir et lui dis mon admiration, alors elle répond : « Tu sais, quand je travaille, je pense à toi. » Je m’étonne et elle répond : « Tu sais, ce que je fais, ce n’est pas de moi : je ferme les yeux et je vois des choses merveilleuses et je recopie… Alors, d’où cela vient ? » Et elle ajoute : « Et tu sais, quand tu nous as parlé, j’avais 14 ans. » Elle en avait 30 en me racontant la chose. Oui, j’avais dit : « On se lève, on prie », alors, en avait-elle conclu « Ils s’adressent à quelqu’un ! Il existe »… J’en suis ému chaque fois que je raconte cela.

Avec la communauté catholique de langue hébraïque, après la messe

Mais pour varier, parlons de politique. Eh bien, ce n’est plus ce que j’ai connu en arrivant dans ce pays en 1956. Israël n’occupait pas les territoires (Samarie, Judée, bande de Gaza). Et pourtant les voisins arabes opéraient des attaques terroristes : en 1956, c’était quatre fois par semaine, 112 attaques en 7 mois. Ceci pour dire qu’Israël n’est pas seul coupable ! Mais depuis il a fait bien des choses regrettables. Et chacun réagissant aux fautes du voisin, cela n’a jamais cessé depuis 70 ans. Pas un mois sans violence. Essayer de faire un tableau exact ? Impossible… Une histoire : j’ai rarement accepté de parler à des pèlerins français. Une fois, il y a quelques années, j’ai parlé en détail de cette situation, avec toujours le « oui, mais… » indispensable. À la fin une petite dame se lève et dit : « Alors là ! je ne sais plus quoi penser ! » Et moi : « Bon, c’est tout ce que je voulais… »

Je pourrais aussi raconter beaucoup de positif, ce dont les journaux du monde ne parlent quasiment jamais. Yuval, un homme de 50 ans, dont le jeune frère, qui revient de l’armée, fait du stop et trois juifs religieux le prennent en voiture, mais… ce sont des terroristes palestiniens déguisés. Ils l’emmènent dans un petit bois, ils le tuent, et le mettent en morceaux. Le frère est fou de rage : « Que faire ? je me venge ?… ou je fais du positif ! » Alors étant assez libre et ayant une auto, il va à la frontière de Gaza prendre une mère palestinienne avec sa petite fille malade et il les emmène au grand hôpital de Tel Aviv, 5 fois par semaine, pour une dialyse, et les ramène ensuite. Pour une fois les journaux ici en ont bien parlé. Et il a fondé un groupe pour faire ce genre de chose, et environ 60 autres Israéliens se sont engagés. J’ai connu aussi deux femmes faisant la même chose, sans se connaître.

Yuval

Je pourrais aussi raconter beaucoup de positif, ce dont les journaux du monde ne parlent quasiment jamais. Yuval, un homme de 50 ans, dont le jeune frère, qui revient de l’armée, fait du stop et trois juifs religieux le prennent en voiture, mais… ce sont des terroristes palestiniens déguisés. Ils l’emmènent dans un petit bois, ils le tuent, et le mettent en morceaux. Le frère est fou de rage : « Que faire ? je me venge ?… ou je fais du positif ! » Alors étant assez libre et ayant une auto, il va à la frontière de Gaza prendre une mère palestinienne avec sa petite fille malade et il les emmène au grand hôpital de Tel Aviv, 5 fois par semaine, pour une dialyse, et les ramène ensuite. Pour une fois les journaux ici en ont bien parlé. Et il a fondé un groupe pour faire ce genre de chose, et environ 60 autres Israéliens se sont engagés. J’ai connu aussi deux femmes faisant la même chose, sans se connaître.

Je pourrais raconter encore et encore de telles histoires, mais aussi hélas, des négatives. Sachez simplement que cela existe. Aussi des dons d’organes d’enfants morts à d’autres enfants, israéliens ou palestiniens, et cela dans les deux sens. Pas fréquent, mais cela existe. À propos, je dis toujours que je suis « sioniste ». Pas dans le sens que cela a pris dans le conflit, mais dans le sens original : le retour à Sion, l’importance pour le peuple juif d’avoir une terre, alors que dans d’autres pays il souffre d’antisémitisme. Il y a eu et il y a encore des intellectuels, auteurs littéraires et autres, qui disent cela (et mieux que moi) et sont sionistes de gauche, rappelant des vérités qu’on oublie, des erreurs que l’on fait. Encore une petite histoire : je dis parfois « Ma patrie, ce n’est pas la France, ni Israël, ni l’Église, ni la fraternité… C’est une petite île dans l’Océan pacifique, qui s’appelle “la vérité”. Là je suis chez moi, j’essaie d’y rester, et de là je regarde le monde ». Et en Israël, il y a toujours des gens qui parlent, qui ne peuvent  se taire, entre autre des soldats. La majorité n’aime pas beaucoup cela, mais on les entend, à la télé ou à la radio. Mais, hélas, nos dernières élections sont une catastrophe. Vers quoi va-t-on ? Il est vrai que c’est un peu pareil dans bien des pays dans le monde.

Quand le vieux de 93 ans (je veux dire Yohanan) se lève le matin, il se dit parfois en regardant le monde : « Que puis-je faire, face à une telle situation ? » Et j’ai trouvé une petite réponse : « Aujourd’hui je dois faire plaisir à une personne (ou plus). Et c’est facile à trouver… Cela rend le monde plus supportable (un tout petit peu…). C’est pour cela que j’aime souhaiter l’anniversaire des frères dont j’ai la date de naissance et l’adresse.

Bon, cela suffit. À la prochaine, dans dix ans (ou avant, si je suis encore là).

Yohanan

PS : Un petit film à voir, en hébreu avec sous-titres en anglais. À la fin, on voit des Israéliens et des Palestiniens, sur des lits d’hôpital, donnant du sang… Rien que ces dernières photos valent la peine, même si on ne comprend pas les paroles. Et vers la fin, à partir de la minute 6, ils s’embrassent – Israélien(ne)s et Palestinien(ne)s, qui ont eu une victime dans leur famille. Tout un symbole, le don du sang…

Vous pouvez le voir sur https://www.youtube.com/watch?v=3GZxLcGSCow

« En si étroite communion avec les gens »

Lorenzo, vit depuis 35 ans dans un petit village de Tanzanie. C’est tout un pan de l’histoire d’un pays qu’il a ainsi partagé et vécu de l’intérieur, dans la proximité très grande avec les gens qui l’ont accueilli.

Hervé, notre prieur, me demande encore une fois d’écrire un “diaire”. Je commence par dire toute mon estime pour nos aînés : le diaire d’André du Japon et aussi celui de Yohanan d’Israël. Comme dit souvent un frère, notre temps, c’est le temps des larmes (c’est bien vrai !) et pourtant même au bord du désespoir l’homme de foi doit rendre son visage dur comme la pierre (Isaïe 50,7).

1) Je voudrais élever un hymne de louanges au pays qui m’a accueilli si longtemps : la Tanzanie !

Les media puissants (BBC, télés américaines) continuent à nous harceler : ils voudraient nous voir à la merci de la logique du marché et des échanges “libres” (en réalité dépendants !) alors que nous défendons avec ardeur nos fondements d’une voie originale de “socialisme” démocratique où le rôle régulateur de l’Etat est fort pour conduire le peuple selon équité et justice dans des domaines clés comme les infrastructures, l’instruction, la santé, les ressources minières et énergétiques, etc. Je le dis ouvertement et avec conviction : le mérite en revient en premier lieu au Parti de la révolution C.C.M. de notre père Nyerere qui a su se renouveler et combattre aussi à l’intérieur de lui-même contre la corruption (qui est une pandémie mondiale !), tout en défendant nos valeurs culturelles en face de la pression d’idéologies corruptrices. La coexistence pacifique unie à la collaboration active entre ethnies nombreuses et les 2 religions plus largement présentes, Islam et Christianisme, ensemble avec la saine laïcité du Parti et de l’État n’est pas non plus un petit mérite de notre pays !

Julius Nyerere, père de la Tanzanie, fondateur d’une voie originale de développement équitable.

Les media puissants (BBC, télés américaines) continuent à nous harceler : ils voudraient nous voir à la merci de la logique du marché et des échanges “libres” (en réalité dépendants !) alors que nous défendons avec ardeur nos fondements d’une voie originale de “socialisme” démocratique où le rôle régulateur de l’Etat est fort pour conduire le peuple selon équité et justice dans des domaines clés comme les infrastructures, l’instruction, la santé, les ressources minières et énergétiques, etc. Je le dis ouvertement et avec conviction : le mérite en revient en premier lieu au Parti de la révolution C.C.M. de notre père Nyerere qui a su se renouveler et combattre aussi à l’intérieur de lui-même contre la corruption (qui est une pandémie mondiale !), tout en défendant nos valeurs culturelles en face de la pression d’idéologies corruptrices. La coexistence pacifique unie à la collaboration active entre ethnies nombreuses et les 2 religions plus largement présentes, Islam et Christianisme, ensemble avec la saine laïcité du Parti et de l’État n’est pas non plus un petit mérite de notre pays !

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« Humaniser notre humanité »

Ventura, qui vit à l’Assekrem, a l’habitude d’envoyer un message à ses amis pour Noël. Voici la belle réflexion envoyée l’an dernier :

Cet été, un ami m’a dit : « Tu te rends compte, Ventura, que tu as trois thèmes favoris et que les trois sont ressortis dans la conversation que nous venons d’avoir ? » – « Ah bon ! Aucune idée ! de quels sujets s’agit-il ? » lui ai-je demandé. « Ta “Passion pour Jésus” ; ta préoccupation pour “Humaniser notre Humanité” et le “Problème du Langage” qui peut être une arme puissante pour chercher la vérité ou la dénaturer. » Conscient de cela, ce Noël, j’ai envie d’enfoncer le clou et de vous parler une fois de plus de mes trois thèmes “préférés”.

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Ventura, qui vit à l’Assekrem, a l’habitude d’envoyer un message à ses amis pour Noël. Voici la belle réflexion envoyée l’an dernier :

Cet été, un ami m’a dit : « Tu te rends compte, Ventura, que tu as trois thèmes favoris et que les trois sont ressortis dans la conversation que nous venons d’avoir ? » – « Ah bon ! Aucune idée ! de quels sujets s’agit-il ? » lui ai-je demandé. « Ta “Passion pour Jésus” ; ta préoccupation pour “Humaniser notre Humanité” et le “Problème du Langage” qui peut être une arme puissante pour chercher la vérité ou la dénaturer. » Conscient de cela, ce Noël, j’ai envie d’enfoncer le clou et de vous parler une fois de plus de mes trois thèmes “préférés”.

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« Sans se montrer vulnérable, il n’y a pas d’amitié possible »

Joan vit seul à Sabadell, en Catalogne. Seul mais bien inséré dans la vie de son quartier et dans le tissu associatif. Être simplement un parmi les autres, comme l’on est, et rencontrer les autres sans jouer un personnage : voilà le secret qu’il nous partage.

Cela fait un moment que je ne vous ai pas donné signe de vie, mais je suis toujours là, bien sûr un peu plus âgé ! Et je dois vous confesser que je vais bien, pour autant qu’on puisse le dire, et que je suis heureux, en toute modestie. Je ne sais vraiment pas de quoi je pourrais me plaindre.

J’ai d’abord envie de vous dire que je me “bouge” encore et que je suis encore plein de vie, autant que mes 77 ans me le permettent. Bien sûr je me traîne plus qu’avant, mais j’avance avec ma canne et je vais ici et là. Toujours avec mon petit sac à dos bien sûr. C’est vrai aussi que je me déplace beaucoup en bus à travers la ville de Sabadell, avec les transports gratuits pour moi comme pour beaucoup d’autres personnes. C’est l’avantage d’être relativement pauvre. Et par ailleurs cela ouvre des possibilités de relations nouvelles avec mes propres voisins du Complexe où j’habite, au-delà des salutations timides et des gestes bienveillants. C’est comme si on se déplaçait dans une « crèche vivante », dans laquelle chacun cherche sa place dans le monde. Et cela doit aussi être un avantage de vivre à la périphérie. Inutile de dire, en tout cas, que, dans ce contexte, le rôle qui me tient le plus à cœur est celui de moi-même ; j’aime pratiquer une certaine transparence devant les autres : un peu comme je suis vu par Dieu qui, je pense, nous aime tous et nous attire tels que nous sommes. Je n’aime pas l’anonymat, car il me semble cacher un certain sentiment de subtile et fausse supériorité par rapport aux autres qui n’est pas bien en harmonie avec l’amitié. Pour moi, une certaine discrétion au début est suffisante ; c’est en tout cas mon expérience, soit dit en passant. Il me semble – et c’est peut-être la clé pour comprendre mon propre petit drame – que, pour le dire tout simplement, sans se montrer de quelque façon vulnérable, il n’y a pas d’amitié possible (parole d’un timide…).

Bien sûr, je suis toujours engagé à l’association Ningú sense Sostre (Personne sans toit), dont je vous ai parlé dans le passé. Ce que je peux faire encore, je ne m’y dérobe pas, mais je passe la main à d’autres, de très bonnes mains d’ailleurs, car, comme dit le proverbe: « qui ne gêne pas, fait déjà beaucoup ». En plus, les choses ont évolué avec le temps et sont devenues plus difficiles à gérer étant donné qu’on fonctionne en lien avec d’autres entités partenaires, y compris le conseil municipal. Entre nous, en dehors des réunions périodiques, nous communiquons via WhatsApp… Mais le plus important, c’est que 18 personnes sont actuellement hébergées dans plusieurs appartements et qu’elles se voient offrir la possibilité de réintégrer le monde du travail. Elles sont également soutenues par un éducateur qui établit avec elles un plan individuel pour chacune. Il s’agit généralement de personnes ayant des problèmes d’addiction, qui ont rompu avec leur famille et ont perdu leur emploi. Mais ce n’est pas le cas d’un couple avec un enfant de 2 ans, dont la seule présence introduit une certaine tendresse qui fait du bien à tous.

Avec des membres de l’association « Personne sans toit ».

Et cela m’amène à vous parler un peu de comment je me sens dans la résidence HLM où j’habite. Eh bien, quand on se rencontre, généralement entre personnes âgées, ce qui sort toujours, c’est ce qu’ont été nos expériences d’enfance et de jeunesse. Quelque chose de naturel, semble-t-il, comme un mythe maintenu très vivant. On ne sait peut-être pas à quoi ça sert, en tout cas, c’est au moins précieux pour se connaître et, dans une certaine mesure, se reconnaître… Et ici on retrouve cette question de ma chère transparence. On connaît un peu mieux la personne et elle cesse d’être seulement un élément du paysage. C’est comme un petit village dans la ville de Sabadell, qui compte plus de 200.000 habitants. Et là, des gens de différents endroits d’Espagne s’intègrent tout naturellement, et bien sûr les accents divers sont appréciés – il ne manquerait plus que ça ! – si tant est qu’avoir l’accent, comme le disait un poète, c’est « parler de son pays, en parlant d’autre chose »… Ce qu’on cherche entre nous, c’est simplement de passer un bon moment ensemble. Tout le reste nous est donné par surcroît.

Enfin et pour finir, je ne sais vraiment pas de quoi d’autre je pourrais parler, car ce qui n’est pas encore arrivé n’a pas sa place ici. Je me contenterai de cette vue générale qui, au moins, aidera peut-être à situer mon chemin. De ma vieillesse qui devient chaque jour plus évidente, je ne peux que deviner où elle va… Ce que je sais déjà, c’est que : « Personne n’est allé hier, ne va aujourd’hui et n’ira demain à Dieu par le même chemin que moi. Pour chaque homme, le soleil garde un rayon de lumière tout neuf… et pour chacun, Dieu ouvre un chemin vierge » (León Felipe, dixit). Et moi, je cherche cette deuxième enfance, bien sûr plus intéressante, que le Seigneur Jésus a mise à notre portée.

Un abrazo pour tous mes petits frères !

Joan

Joan (à droite) avec Juan-Luis et Quique, deux frères d’Espagne.